Rechercher 
 
theatre du rond point vents contraires
Revue en ligne du

Vedettes etc.

Christophe Alévêque
La justice, Zidane et moi et moi et moi...
Où sont les limites de l’humour ? Je ne demande aucun passe-droit, aucun favoritisme mais une franche et réelle liberté pour exercer mon métier sans pratiquer l’auto censure, c’est-à-dire le pire du pire.  Peut-être faut-il en fixer ? Le débat est aussi intéressant qu’éternel.

Ce débat aurait pu avoir lieu lors de mon deuxième procès en appel avec Zidane. Il n’en fut rien. Plus que la condamnation à 5000 euro de dommages et intérêts et 5000 euro de frais de justice, ce sont les conclusions des juges qui me sidèrent. Comment la justice peut-elle à ce point se contredire d’un procès à l’autre ? Comment des juges spécialisés dans la matière peuvent-ils avoir une position diamétralement opposée sur un même sujet sans aucun élément nouveau au dossier ?  Comment peut-on à ce point nier le fond au bénéfice de la forme ? Voilà pourquoi je suis en colère, donc en excellente forme pour exercer mon métier, positivons.  

Voilà maintenant plus de deux ans, je fus attaqué en justice par l’icône du foot français pour injures à son égard dans le magazine « Sportmag » de janvier 2011, suite à l’encaissement par l’ancien numéro 10 de onze millions d’euro pour son soutien à la candidature du Qatar ( grand pays de foot devant l’éternel ) pour une future coupe du monde. J’ai utilisé des termes crus, des termes de mon cru. Jamais je n’en ai voulu personnellement à Zidane à qui je souhaite longue vie et tout le bonheur du monde. Il s’agit d’un humoriste qui éreinte un personnage public.  Vous le verrez, les juges en ont décidé autrement.  En matière d’humour, le sacré, le tabou et l’intouchable n’existent pas. C’est ainsi que je considère mon métier, pour le bien de tous. Mais le débat est ouvert.

En février 2012, premier procès, je suis relaxé par un jugement du tribunal. La justice constatant que : la liberté d’expression et le droit à l’humour font obstacle à ce que l’infraction d’injure publique soit retenue à mon encontre. 

Zidane fait appel de ce jugement. Le 24 janvier de cette année, je suis retourné devant la cour. Cette fois, l’ancien capitaine de l’équipe de France est présent et ne demande plus 75 000 euro de dommages, mais un euro symbolique. Cela commençait bien, d’entrée je venais de gagner 74 999 euro. La suite n’a pas été aussi agréable. Voici les conclusions des juges.

1 .Si la liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels de toute société démocratique et vaut pour les informations ou commentaires qui heurtent, choquent ou inquiètent, l’article 10 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme prévoit en son deuxième paragraphe des restrictions et que s’il est reconnu à tout humoriste le droit de se livrer à des attaques contre des personnes connues du public, lesdites attaques ne doivent pas correspondre à la seule volonté de rabaisser la réputation d’autrui.

Mais jamais ô grand jamais mon but n’a été de nuire volontairement à cet homme ! Je l’ai dit et répété à la cour, il s’agit d’un humoriste qui s’attaque à un personnage public. Je n’ai aucune animosité personnelle contre l’homme, je critique l’une des personnalités préférées des français, vue par beaucoup comme un exemple. Je ne m’exprime pas gratuitement, il y a un contexte que la justice a oublié.  

2 .« Traiter un particulier, seulement connu du public comme un ancien sportif de haut niveau, moyennant son image auprès d’entreprises ou ayant une action de lobbyste pour le compte de l’Etat du Qatar, de « pute », de « con comme une bite », « juste bon à crever dans le yaourt » est d’évidence injurieux, la Cour relevant une gradation dans ces injures, car passé la formulation d’injures à connotation sexuelle, un désir d’élimination physique est, ainsi que le tribunal l’a relevé, exprimé. »

Alors là, celle-là elle est forte : « Un désir d’élimination physique » ! Nous nageons en plein premier degré, l’humour est totalement  absent du débat. Mais si j’en voulais à l’intégrité physique de Zidane, je mériterais une peine de prison ! Que fais la justice ?   

3. « Considérant de plus que retenir le fait que Monsieur ALEVEQUE s’est ultérieurement excusé est indifférent car s’excuser est, à l’inverse, généralement analysé comme la reconnaissance que son comportement ou ses propos ont choqué ou heurté autrui ». 

Faux. Je ne me suis jamais excusé, hormis pour une seule phrase :
«  Qu’il aille crever dans son yaourt ». Phrase « off » au cours de l’entretien, qui n’aurait jamais du apparaître dans cet article et qui voulait clairement dire au journaliste : passons à autre chose. Après des centaines d’interviews je me suis fais piéger, ça arrive.  

Au tribunal comme devant la cour, comme depuis deux ans, j’ai assumé entièrement ce que j’avais déclaré. Comment faut-il s’exprimer pour être entendu clairement ? 

Dans tous les cas, c’est une belle leçon pour ceux qui voudraient le faire, sachez que ces excuses deviennent une charge contre vous.

4. « La rémunération des sportifs n’intéresse que les personnes intéressées par le sujet et que ce sujet ne constitue pas un sujet d’intérêt général ».

La meilleure de toute ! Voilà pourquoi cette affaire n’a pas été jugée sur le fond : mes critiques n’ont pas lieu d’être puisque le débat n’a pas lieu d’être ! C’est grave.  D’ailleurs, comme tout le monde l’aura constaté, cette question ne fait jamais l’objet d’un dossier ou d’une polémique dans les médias. Et ne parlons pas des matchs truqués, des transferts litigieux ou des salaires déguisés. Circulez, y’a rien à voir ! On se lève tous pour Danone !

En conclusion : mon attaquant ne demandait qu’un euro symbolique, la justice lui en a donné 5000. 

Nous ne sommes finalement plus dans le cadre d’une diffamation publique, donc basée sur un raisonnement donnant lieu à des controverses et autres causeries, mais uniquement dans le cadre d’une injure. Dans ce cas, la liberté d’expression n’existe plus. Normal ; on n’a pas le droit d’insulter gratis. Je considère que ce n’est pas mon cas, mes critiques, bien que violentes, étaient fondées sur une réflexion. Les limites de l’humour sont fixées, mais d’un procès à l’autre, d’un tribunal qui relaxe à une cour qui condamne, elles sont diamétralement opposées. Comment s’y retrouver ? 

Qu’aurait-il fallu que je dise ? Rien. C’est au-dessus de mes forces et puis merde, c’est mon métier.

Que je m’exprime autrement ? « Monsieur Zidane me semble se comporter comme une dame qui vend ses charmes au plus offrant », « cet homme qui n’est pas Einstein ( moi non plus d’ailleurs) est décidément très mercantile ». Peut-être… Mais le débat qui a finalement eu lieu, y compris au sein du tribunal, n’aurait pas existé. Est-ce céder à la surenchère ? Faut-il être aussi vulgaire que ce que l’on dénonce pour faire mouche ? Honnêtement, je ne sais pas. Faut-il qu’un ouvrier licencié pour des raisons bassement boursières et injustes casse pour se faire entendre ?    

Dans tous les cas cet arrêt devrait faire date. L’humoriste est aussi un garde-fou qui doit dénoncer les abus et dérives de la société, à sa manière. Sauf pour les intouchables, c’est ce que la justice vient de décider. Cela devrait donner des idées à d’autres.

Trop souvent la population a la mauvaise impression qu’il existe des passe-droits pour les puissants. L’humour est une arme redoutable contre les pouvoirs. Normalement…

Que faire maintenant ? J’avais décidé, quel que soit le résultat, d’arrêter les frais ( dans le sens propre du terme). Tout cela coûte bonbon.

Et cela fait réfléchir…Oui je sais, vous allez me dire, nous sommes en pleine crise, le chômage suit la courbe d’une démographie resplendissante, les soupes populaires battent des records de fréquentation. Alors ton petit problème personnel et égocentré de liberté d’expression en péril, on s’en fout. Vous n’aurez pas tort et pourtant… Le vrai danger qui pend au nez de cette liberté est bien celui-là ! Tu finis par te calmer ou pratiquer l’autocensure parce tu n’as pas la surface financière pour faire face à des procès. La liberté de l’humoriste symbolise celle d’une société. Mais il y a des symboles qui coûtent cher et la menace est réelle, je la subis actuellement et je ne suis pas le seul. 

Mais au-delà de la condamnation, les conclusions des juges me laissent pour le moins perplexe, pour ne pas dire passablement énervé. J’ai donc déposé un pourvoi en cassation à titre conservatoire. Ce qui me laisse le temps de réfléchir et de faire les comptes. L’argent n’est pas que le nerf de la guerre, il est aussi celui de la justice. Et ça, ce n’est pas drôle.
À lire aussi...
 Vedettes etc. 
Le 18/09/2015
 
 Vedettes etc. 
Le 10/02/2011

Récidive, Front national et espionnage
Les Actualités fraîches de Christophe Alévêque - 10
 
 Vedettes etc. 
Le 22/07/2015
 
Toutes les rubriques
 
 Accueil
 
 Auteurs maison
911 art.
 
 Vedettes etc.
566 art.
 
 Confs & Perfs
602 art.
 
 Archives
3633 art.
 
 Podcast
183 art.
 
 Presse
66 art.
 

 Contactez-nous 
 
Les podcastsdu Rond-Point
 
Ce site vous est proposé par le théâtre du Rond-Point