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Les bonus de la saison
Kery James : "Il n'y a plus beaucoup d'espaces de dialogue entre les gens"

Le rappeur Kery James reprend au Rond-Point sa pièce A Vif, dans une mise en scène de Jean-Pierre Baro. Et il va bientôt publier son autobiographie Banlieusard et fier de Lettres. Lui qui s'est lancé dans le théâtre pour mettre en contact "les deux France", qu'espère-t-il avec ses nouvelles approches vers d'autres publics ?


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 Auteurs maison 
Le 11/09/2015
Perdu dans Tokyo #10
Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point
Lundi 7 Transports Métros, trains de la ligne JR, bus, la ville est un amas de nœuds de moyens de transports, emmêlé de périphériques, de carrefours et d’autoroutes. D’une station à l’autre, compter cent cinquante yens, soit un euro et quelques. Mais les trajets sont longs, toujours, et les changements imposent souvent une sortie à l’extérieur pour trouver l’autre station de l’autre ligne, un deuxième paiement. Pour une journée dans Tokyo, visites intensives ou mouvements multiples, avec plusieurs déplacements, difficile de dépenser moins de mille à deux mille yens. Voire plus. Chaque trajet à son coût. Chaque trajectoire son prix. On peut se nourrir chez FamilyMart ou dans quelques échoppes pour quatre cent yens par repas. Le transport, c’est une autre affaire. Son coût explique peut-être l’état de tout le système, sa propreté, son entretien, son efficacité, sa sécurité, sa ponctualité. Je n’imagine pas envisageable pour des gens sans moyens d’avoir la possibilité de se déplacer dans la ville. Dans le métro, où les usagers assis se font face sur des banquettes alignées dans le sens de la longueur, comme dans le métro new-yorkais, on lit, on joue, on est sur son portable ou on dort, silencieux toujours, et j’observe jusqu’ici que tous les hommes sont manucurés.
Se nourrir Dans chaque bloc quasiment, une épicerie à l’américaine, des chaînes Seven eleven, Lawson, FamilyMart, Sunkus, Ministore et autres. Tokyo nuit, sous la pluie, soirées seul, jusque là, le plus souvent. Déjeuners et dîners passés par là, là dedans, espaces aux néons froids, magasins de tee-shirts, papeterie, mangas, parapluies, produits de première nécessité, et prêt-à-manger. J’achète des barquettes de sushis et des barquettes de salade. J’ose parfois les carrés d’omelettes. Je mange seul dans la chambre d’hôtel, ou dans les parcs, ou dans les espaces fumeurs quand s’asseoir est possible. Boissons gazeuses, rarement allégées. J’achète des bananes, quatre pour 120 yens, moins d’un euro. Quand la moindre grappe de raisin frôle les 800 yens. Je sors parfois quand même en compagnie, restaurant coréen avec You, français avec Masaru, chinois avec Masako, qui m’apprend à prononcer correctement en japonais les mots pour dire brochettes de boulettes, raviolis au porc ou nouilles sautées. Plats favoris. Masako tente à nouveau de prononcer des « r », chose quasiment impossible. Elle m’explique que le terme « kilogramme » peut être compris sur le marché aux poissons. Mais il doit être prononcé sans « r », plutôt avec un « l », dire « kiloglamme ». Si je veux me faire comprendre au marché, en anglais ou en français, je dois prononcer « kiloglammes » et non « kilogrammes », car le « l » n’existe pas mais est supportable. Le « r », décidemment, est irrecevable.   
Hadena Ils manquent encore de folie et de liberté, les comédiens. C’est une pièce de fous, écrite par un fou qui doit être jouée par des fous. Toute la chorégraphie est dessinée, le mouvement tracé, manque encore une vitalité bizarre qui échapperait à la raison, à la reproduction d’un geste accepté. C’est une pièce sur la perte du langage, une femme qui ne sait plus parler face des enfants qui la reprennent. Yoko jouera ça d’abord, la perte des moyens pour dire, la panique et la peur. On joue à réinventer la fête de la catastrophe, du désastre de vivre. Les comédiens rient, j’apprends à écrire quelques mots en japonais, le prénom de Brice. Il arrive ce soir à l’aéroport de Hadena. De fait, le journal s’arrête là. Parce que c’est comme ça. Pour l’instant. Et les répétitions s’intensifient, filages, lumières, son, espace. Temps resserré, tension, urgence. Avec Brice et ces derniers dix jours de répétitions, un nouveau typhon arrive sur Tokyo, plus violent que le précédent. Pluies battantes, incessantes. Mais Brice est arrivé ce soir à l’aéroport de Hadena. La terre peut bien trembler à nouveau.
 
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Le 15/08/2010
Semons le doute : E=MC3
(L'été au comptoir)
 
 Auteurs maison 
Le 28/03/2015
Etranger à l'humanité
A partir d’un certain stade, l’étranger en vient à implorer silencieusement un mot de réconfort. Il l’espère. Il l’attend. Uniquement pour se prouver qu’il ne fait pas l’objet d’une constante et patiente indifférence. Uniquement pour se prouver qu’il a tort. Il est prêt à accepter n’importe quel raisonnement qui va dans ce sens, fut-il faux et incohérent. Et plus il perd son assurance, plus ses exigences diminuent. Il en vient à quémander un sourire pour garder ce qui lui reste de la confiance que l’être humain accorde au monde à sa naissance. Il en vient à formuler des tautologies uniquement pour avoir une réponse affirmative. Il en vient à poser des questions absurdes parce qu’évidentes uniquement pour entendre un oui. Pour qu’une bouche lui réponde oui. Parce qu’il a vécu sa vie d’étranger avec des non, des non de toutes sortes : silencieux, clairs, abrupts, hésitants, violents, nerveux. De sorte qu’il a de lui-même l’image d’une négation. Ainsi se laisse-t-il peu à peu aller. Ainsi devient-il réellement étranger à l’humanité.  Extrait de Terre vaine, Editions P.O.L.
 
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