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Hillel Kogan : "Le chorégraphe a besoin de la guerre et de toutes les monstruosités pour que son art soit intéressant"

Le chorégraphe israélien Hillel Kogan a inventé le solo hanté : entamant We Love Arabs, Hillel sent que par endroits l'espace rejette son corps dansant. Il invite alors sur le plateau sa mauvaise conscience en la personne de Hadi Boutrous, seul danseur palestinien professionnel d'Israël nous dit-il. Lui parle parle parle en nous faisant rire de tous les poncifs prétentieux du jargon chorégraphique. Tandis que l'Autre n'a pas le droit à la parole mais n'en pense pas moins. C'est hilarant, troublant, à la limite du malaise.

Rond-Point — Y a-t’il dans We Love Arabs une victime et un bourreau ? Une proie et un prédateur ?
Hillel Kogan — « Victime et bourreau » est une expression trop forte pour qualifier la relation entre les deux personnages. Et même trop caricaturale. C’est plus complexe que cela. L’offenseur est inconscient de son offense, l’humilié l’est, de fait par la façon dont la pièce est écrite. Si le juif était le bourreau, il n’en resterait pas moins victime de ses propres préjugés. Il aurait aimé être pur, doté de belles valeurs, mais il ne le peut pas, il est victime de lui-même, une proie prise au piège, rattrapé par ses idées racistes, ses préjugés dont il a du mal à se défaire. Que lui resterait-il, au chorégraphe, pour créer sa pièce, son œuvre, sans préjugés ? Il en a besoin pour se différencier de l’arabe. Sans ses préjugés, sa création devient alors sans intérêt. Il a besoin de cette relation. Sans elle, il n’aurait rien à dire. Il n’y aurait rien à dire. La symétrie est ennuyeuse. J’aimerais que ce soit l’ironie qui en ressorte. Le chorégraphe a besoin du conflit, de la violence, la guerre et de toutes les monstruosités du monde pour que son art soit intéressant et qu’il puisse apporter un message d’équilibre. Il est en paix, rassuré avec cette idée, avec ces idées, un peu comme à la maison.
De quel côté êtes-vous ? Au fond ?
J’ai peine à croire qu’en sortant de mon spectacle on puisse réellement douter de ma position. Je peux comprendre par contre que certains spectateurs puissent questionner les moyens, le chemin que j’utilise dans la pièce, ne sachant pas si cela aide ou au contraire lamine le propos. J’essaie de ne jamais oublier qu’en tant que Juif israélien, je fais partie de l’hégémonie ethnique d’Israël. En tant que tel, je peux me mettre à la place de « l’autre », mais cela ne me permet pas devenir « l’autre » et je ne serais pas capable de vivre ce que « l’autre » vit. Je ne peux pas le remplacer. Je peux ressentir de l’empathie, m’identifier, ressentir de la solidarité ou de la compassion. Mais je ne peux pas vraiment me mettre à sa place. Ce n’est pas parce que je prétends, en tant qu’auteur de la pièce, être du côté de la victime que cela m’affranchit du rôle du bourreau. Je suis à la fois auteur et protagoniste, je n’ai pas la possibilité de prendre parti pour un seul aspect et de m’y tenir. La position du protagoniste n’est pas celle de l’auteur. Mais quand je suis l’interprète, je suis également l’auteur. C’est donc une place complexe. Et par-dessus tout, quel que soit le côté où je pourrais me placer, je n’en tirerais aucun mérite. J’aimerais croire que je suis du côté de la non-violence. Mais si l’on parle de Moyen-Orient,malheureusement, ce côté-là, n’existe pas.
Vous êtes du côté de la danse, mais on sent que vous dénoncez la futilité, les prétentions des métiers artistiques... Mais tout en dansant toujours ?
Le ton ironique ou satirique que j’adopte ici vis-à-vis de la danse et des danseurs est une forme d’exagération, d’autodérision. Toutes les critiques qui concernent la danse sont de vraies questions que je me pose en tant que chorégraphe et danseur. Cette pièce ne propose pas d’alternative au langage de la danse et ses conventions, c’est juste une façon de les souligner, de les désigner. L’humour m’aide à affronter parfois l’impuissance de la danse à affirmer une position. Continuer à danser devient le moyen même de remettre en question, plutôt que de faire de grandes déclarations et de croire que l’on sait.
Qu’est-ce qui va sauver le monde ? Le houmous ?
Les femmes peut-être ? Le houmous pourrait peut-être sauver le monde si les hommes de toutes les sociétés commençaient à le cuisiner au lieu d’entretenir des conflits. Le conflit juif/arabe, comme quasiment la plupart des conflits du monde, est mené par des figures masculines.
Comment est née l’idée de We Love Arabs ?
Cela faisait un moment que je voulais créer une pièce traitant du conflit juif/arabe. Lorsque j’ai voulu créer ce spectacle en 2013, Adi Boutrous était (et il l’est toujours à ce jour) le seul danseur arabe israélien professionnel de la scène israélienne. Les Arabes représentent 20% de la population en Israël pourtant. C’est un chiffre quelque peu intéressant, je pense. La pièce débute en mettant en doute cet écart et en révélant le racisme et les stéréotypes qui résident dans le regard orientaliste des Israéliens-juifs sur les Arabes.
Avez-vous réellement rêvé, à un moment donné, que la danse puisse réparer le conflit israélo-palestinien ?
Je ne crois pas que l’art ait beaucoup d’influence politique sur les gens. Je ne connais personne qui aurait changé d’opinion politique après avoir assisté à une pièce de danse ou de théâtre. Les institutions politiques et les politiciens ont une influence beaucoup plus forte sur les arts. Les artistes peuvent refléter la réalité, ils peuvent protester, ils peuvent critiquer. Pourtant, la responsabilité de réparer le conflit juif/arabe, n’importe quel conflit politique d’ailleurs, est de la responsabilité du peuple lui-même, pas de celle des artistes. Je n’ai jamais rêvé que la danse puisse changer le monde, mais j’ai rêvé que les êtres humains puissent eux-mêmes le changer.

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