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Auteurs maison

Les bonus de la saison
Dominique Simonnot : "Pourquoi envoyer tout ce monde en comparution immédiate ?"
Après des études de droit, Dominique Simonnot a été éducatrice à l’administration pénitentiaire, puis devient journaliste à Libération où elle crée en 1998, une chronique judiciaire « Carnets de justice ». En 2006, elle passe au Canard Enchaîné, où elle écrit, entre autres, la chronique « Coups de barre » sur les audiences de comparution immédiate, une justice ultra-rapide, une "justice d'abattage". Le metteur en scène Michel Didym est parti d'un choix de ses chroniques pour construire, avec le comédien Bruno Ricci, un solo où se télescope plus d'une centaine de personnages — prévenus, procureurs, juges, avocats, experts, famille — tous broyés par la machine infernale d'une justice folle : Comparution immédiate, une justice sociale ?
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Le 20/04/2015
Difficile
Difficile de trouver de jolies photos de filles nues sur Internet. La plupart du temps, elles sont en train de se masturber, seules ou à plusieurs. De moins en moins de photos de filles nues, juste nues, à moins de tomber par hasard sur une image prise juste avant que la jeune fille ne s'introduise un gadget translucide dans son intimité, qu'elle ne subisse les assauts d'un ou plusieurs partenaires, mâles ou femelles, la jeune fille étant payée non pour être nue, mais pour jouir filmée.
 
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Le 22/02/2012
De qui se moque-t-on ?
8. Les pantalons
Les pantalons… ah la belle invention, les pantalons ! C’est le même ingénieux bonhomme, je suppose, qui aura enfilé au lapin la peau de lapin. Franchement, je veux bien être damné (de toute façon, je veux bien être damné, sans quoi il me faudrait passer mon éternité loin de cette délicieuse petite garce de Pétronille qui le sera à coup sûr, damnée, et je n’imagine pas plus lancinant supplice) si les pantalons n’ont pas été conçus sur le modèle de la paire de jambes. Bravo pour l’originalité, bravo pour l’audace ! Pour ma part, j’attends davantage de l’esprit humain que cette singerie de la nature, j’attends des propositions neuves, des contre-propositions, j’attends qu’il assigne au corps des réalisations plus ambitieuses que celle qui consiste à se couler comme un zombie dans son propre fantôme de flanelle.      
Donc, les pantalons imitent l’homme, même s’ils ne lui arrivent qu’à la cheville et si pour eux rien n’existe au-dessus de la ceinture. On voit en quelle estime ils tiennent notre génie, à quoi ils nous réduisent et quelle belle idée ils se font de nos puissants cerveaux. Certes, on ne ressort pas grandi des pantalons. Ceux-ci retirés, en effet, de quoi avons-nous l’air ? Et comment – songez-y la prochaine fois – comment tendrement étreindre notre compagne fidèle (ou plus rudement cette délicieuse petite garce de Pétronille) avec nos pantalons gisant, ridiculement tirebouchonnés, sur la descente de lit – est-ce cela, vraiment, la mue de l’amant vigoureux, de l’amant magnifique ? Et si, comme la mienne, votre carpette est une peau de tigre rapportée d’un séjour méditation et safari au Bengale, ne dirait-on pas que le fauve dans un ultime et tardif sursaut a assouvi sa vengeance et sa faim, qu’il a finalement dévoré le chasseur puis recraché seulement cette incomestible pelure ? Quand Pétronille me griffe le dos de ses ongles affûtés, quand ses canines aiguisées se plantent dans mon oreille, je vous avoue que je ne sais plus très bien ce qui m’arrive et que je fais de la volupté une expérience bien amère.      
Et puis, qu’est-ce encore que cette affectation de pluriel ? Les pantalons ! Combien sont-ils ? En portons-nous plusieurs à la fois ? Ou faut-il en déduire plutôt que chacune des deux jambes est en soi (ou en velours) un pantalon ? Ne dit-on pas, d’ailleurs, une paire de pantalons ? Mais que conclure de ces observations, je vous le demande ? L’homme normalement constitué serait-il en réalité l’unijambiste, porteur d’un seul et unique pantalon ? Et le bipède alors, un hominidé inaccompli, mal dégrossi, non encore tout à fait issu de la condition animale ?      
C’est bien possible, mais en attendant que l’évolution ne nous parachève, que faire ? Ôtons ce vêtement risible, mes amis, qui s’accroche à nous au moyen de boutons, de ceinturons ou de bretelles – preuve s’il en fallait une encore qu’il ne nous sied pas naturellement –, jetons nos frocs aux orties et nous connaîtrons enfin la douceur des tigres et celle de cette délicieuse petite garce de Pétronille.
 
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Le 11/04/2012
De qui se moque-t-on ?
10. Le cheveu
Le cheveu, si nous n’en avions qu’un, j’admets qu’il serait chose précieuse, le fil le plus fin du tricot de soi, le filament radieux de notre ampoule de tête ; rai de soleil ou trait de pluie nous liant harmonieusement au monde environnant. Mais cette quantité ! Ce mystère sans intérêt de leur nombre ! Si l’ennui a une origine, il faut la chercher dans cette mauvaise herbe proliférante. Le cheveu est un piège à guêpe, la tige de la pipistrelle affolée, un nid douillet pour le pou qui ne se défait que pour tremper dans la soupe ; au soir, il est un suffocant nuage de gaz carbonique, de graillon et de tabac. Puis il nous embrouille. Le visage le plus franc, la figure la plus candide disparaissent sous ce gribouillage. Il n’y a plus moyen d’être honnête. Alors le cheveu nous dénonce sur les scènes de crime malgré toutes les précautions prises pour ne laisser ni trace ni empreinte. Il veut nous voir en prison ; il fournit, pour notre cachot, la première brassée de paille humide.       Tout le hérisse. C’est un pleutre doublé d’un gardien sourcilleux de l’ordre et de la morale. Toutefois, il suffit que l’ennemi l’empoigne pour nous tenir à sa merci. Nous n’avons plus de secrets pour lui, voici les noms, voici les plans, voici les codes. C’est que la douleur a son siège à la racine du cheveu. Si onduleux et souple soit-il, nous n’en sommes pas moins criblés de crin, d’aiguilles, d’épingles, d’épines, voués à toutes les malédictions, à tous les envoûtements.       Ah ! si Dieu est un marionnettiste, devinez un peu quelles ficelles il tire pour nous manipuler, et pourquoi nous dansons misérablement sur le flot, et pourquoi nous ratons si souvent la marche.       Ah ! nous nous croyions définitivement descendus du singe, nos pieds touchaient le sol sous le cocotier, mais c’est encore par le cheveu que le chimpanzé nous retient en l’air ; sa main velue nous gratte paternellement l’occiput. Serions-nous si ébouriffés si nous en avions tout à fait fini avec la préhistoire ?       Et pourtant, comme nous prenons soin du cheveu ! Shampoing au lait d’amande, peigne de nacre, brosse en loupe de noyer, rubans, barrettes, fleurettes, rien n’est trop beau pour lui. Croyez-vous qu’il nous en sache gré ? Il se ternit plus vite que la pomme de terre pelée ; blond, brun ou roux au départ, il vire au gris, il tombe en cendres, il nous vieillit de dix ans du jour au lendemain. Le vent qui nous décoiffait hier disperse à présent la poussière dont nous sommes faits. Le cheveu est le premier à partir, il nous laisse grelotter dans les frimas. Ou alors, il nous trahit plus sournoisement encore : il s’accroche, au contraire, quand tout notre corps défaille, se lézarde puis succombe – il continue à croître après notre mort, doué d’une vigueur nouvelle, il se nourrit de notre cadavre comme un ver !       Que faire, mes amis, comment nous rebeller à notre tour contre ces mèches qui nous aveuglent, ces frisettes qui nous infantilisent, ces épis qui nous ridiculisent, ces brosses qui nous militarisent, comment nous soustraire à ces rets, à ce filet qui déjà nous coiffe et qui, si nous n’y prenions garde, s’enroulerait aussi bientôt autour de nos chevilles pour nous paralyser complètement ? Nous ne sommes pas démunis : le cheveu redoute les ciseaux, la tondeuse, la pierre ponce, le papier de verre et le rabot. Rasons-le, polissons, astiquons nos crânes ; alors enfin nous serons vraiment nus sous notre bonnet et, celui-ci ôté, la lucidité nous reviendra avec la lumière.
 
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