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Auteurs maison

Les bonus de la saison
Jean-Philippe Toussaint, le plaisir des coulisses
L'écrivain Jean-Philippe Toussaint est pour deux soirs sur la grande scène du Rond-Point avec M.M.M.M. (Marie Madeleine Marguerite de Montalte), un spectacle qu'il a conçu avec le musicien Alexandre Rochon et le Delano Orchestra. En lecture, musique, vidéos il vous propulse au cœur d'une saga qui ne ressemble à aucune autre saga — sauf qu'on y atterrit au Japon et y explore la Chine. Et nous invite à traverser à la vitesse d'une soirée de théâtre sa tétralogie déployant en quatre romans l'amour entre un narrateur et une grande styliste internationale (Faire l'amour; Fuir; La Vérité sur Marie et Nue).
Mais quel besoin a eu Toussaint de grimper sur les planches ? La même nécessité que lorsqu'il tourne un film, une vidéo expérimentale, photographie Tokyo ou les mégapoles chinoises, monte une exposition pour le Louvre : il y déploie son regard sur le monde du XXIe siècle autant que lorsqu'il écrit, nous ouvrant ainsi dans son atelier.
Propos recuillis par Jean-Daniel Magnin
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Le 31/05/2014
Chansonnette des parents
les enfants

par hasard par derrière par devant

à tort à travers ou simplement 

en deux temps trois mouvements 

l’un dans l’autre et réciproquement


les enfants 

faits sous les ponts un soir de printemps 

sur les toits le soir de la saint jean 

dans un lit entre des draps de soie 

ou dans la poussière d’un vieux divan


les enfants 

seul à deux en groupe ou en priant

faits par choix par erreur partouzant 

dans les trains dans les choux dans le vent

dans l’envie du moment


les enfants

faits en couleurs faits en noir et blanc 

les jours ouvrés le jour de l’an

qu’on les fasse à demi 

en partie à moitié finissant


les enfants

qu’on les fasse sur le pouce sur les dents

pour l’amour de l’art ou pour l’argent

par la peur de la nuit solitaire ou

la peur de l’horreur du néant


les enfants

qu’on les fasse pour passer le temps
debout couché assis ou devant

la télé les infos au resto dans la rue

ou parmi les passants 


les enfants

on les fait pour savoir quoi comment

faire de l’amour qu’on a au-dedans

tout au fond tout enfoui tout rentré 

dans le cœur dans le sang


les enfants

on les fait pour arrêter le temps

pour filer doux au vieillissement

pour finir tranquillou pieds devant

et quitter le monde ravi content


mais l’enfant

déjà né déjà là déjà grand   

déjà laid déjà trop de mouvements

trop de bruit trop de voix 

trop de cris trop d’odeurs et de vents


mon enfant

sur l’avenir mon investissement

dans ce machin sale et vacillant

déjà lent déjà loin déjà mou 

déjà si décevant


les enfants

on les faits pour savoir quoi comment

faire de tout l’amour qu’on a dedans

et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent

comme deux ronds de flan
 
 Auteurs maison 
Le 25/10/2012
Van Gogh m'emmerde
Je voulais rentrer tôt, parce que j'avais du travail. J'avais bu quelques verres avec Van Gogh, qui ne me paraissait d'ailleurs pas tout à fait dans son état normal. Nous avions mangé une viande à l'hypopotamus, pardon pour les fautes, et Van Gogh, après avoir bu le kir à la mûre offert par la maison, commença à me faire chier, mais grave. Lui, en qui j'avais confiance, avec qui nous avions parlé un soir de Picasso, me  paraissait gentil, un peu comme Marguerite Duras, quand elle ne boit pas de gin. Après la septième 
bouteille d'un vin très honnête, je me dis que ce con-là n'allait pas me faire chier toute la nuit à parler d'Auvers-sur-Oise, le dernier endroit où il buvait sans payer. Je me décidais à téléphoner à Théo, qui me passe Bettencourt, la vieille qui ne paye pas ses impôts.  Elle était assise à côté de lui, près du téléphone. La vie privée des génies de la peinture ne nous regarde pas. J'en parle à Bernard Tapie, qui me dit, ne t'emmmerde pas avec Van Gogh, ça vaut de la merde. J'ai réfléchi à tout ça. Dimanche midi, je me suis pendu. De toute façon, c'est mieux. On avait de la famille à table.
 
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Le 02/03/2015
Promenade gourmande
A ma droite s'élevait un tas de frites, à ma gauche, une grosse tomate, quand j'entrepris cette promenade gourmande dans mon assiette. Mathilde m'avait mis de mauvaise humeur, en me contrariant sur tout, la couleur des fraises et le goût du vent. J'avais besoin de marcher. J'escaladais le beefteack, contournais le beurre maître d'hôtel pour redescendre la pente opposée en direction d'une julienne de petits légumes. Un monticule de moutarde attira mon attention. Elle fumait, entre deux haricots vers à l'ail qui faisaient dans le paysage comme deux arbres abattus. Je montai jusqu'au rebord nord de l'assiette. Loin devant moi, de l'autre côté de la table, Mathilde boudait. Elle me jetta un regard mauvais. Las des ces jeux de couple usé, je décidai de rebrousser chemin en traversant le champ de petits pois. Laissant la tranche d'aubergine à ma gauche, je passai entre les oignons frits. L'air était doux. Je décidais de m'asseoir sur un cornichon. Puis, je m'allongeai dans le persil, la tête sur un tronçon d'échalotte. C'est là que je m'endormis. Pour me réveiller sur l'évier. La table avait été débarassée. La lumière avait été éteinte. Je trouvais un mot planté dans le beurre. Mathilde était partie. Je hais le dimanche. Je hais la tristesse de la vie.
 
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