Rechercher 
 
theatre du rond point vents contraires
Revue en ligne du

Auteurs maison

Les bonus de la saison
Jean-Michel Ribes : "Réunir la viande et l'esprit"

Echappés de sa pièce Musée Haut, Musée Bas, les personnages-œuvres Sulki et Sulku reviennent au Rond-Point pour de nouvelles conversations culte, ils sont les protagonistes de la dernière pièce de Jean-Michel Ribes.

Sulki et Sulku parlent beaucoup... Ils n’agissent jamais ?
Jean-Michel Ribes — Parler c’est agir. Ne serait-ce que la langue qui bouge, la mâchoire qui remue, les yeux qui cillent et puis surtout les mots qui, s’ils ne sont pas en mouvement, meurent. Pour moi Sulki et Sulku, ce sont deux personnages source de fantaisie dans la liberté d’un dialogue à la fois aérien, cocasse et surtout surprenant. J’ai écrit ces deux personnages en leur demandant avant tout de me désennuyer, c’est-à-dire de m’emmener ailleurs en me faisant rire.
 
Ce sont deux figures d’un même rêve ?
Sulki et Sulku ne sortent pas d’un rêve, ils sortent de ma pièce Musée Haut, Musée Bas où ils étaient deux œuvres d’art vivantes. J’ai senti qu’ils voulaient continuer leurs discussions comme des enfants qui s’amusent et ne veulent pas arrêter de jouer même quand leurs parents
leur demandent d’arrêter et de passer à table. Sulki et Sulku eux continuent de jouer sous la table.
 
Ils s’affrontent ?
Disons que parfois ils se disputent. Comme tous les gens qui se livrent bataille sachant que c’est la meilleure des façons de rester amis. Ils discutent donc se comprennent, ce qui leur permet de s’envoler tous les deux vers des destinations qu’ils jubilent de ne pas connaître.
 
Peut-il s’agir de la même personne ?
Non. Il y a Sulki qui est Sulki et Sulku qui est Sulku, ce n’est ni un monologue coupé en deux ni une seule âme habitant deux personnes.
 
Ne serait-ce pas un rêve de Dubillard, de Ionesco, ou de Topor ?
Ce n’est pas impossible. J’aimerais bien mais pour vous dire vrai ni Dubillard, ni Ionesco, ni Topor ne dorment avec moi et Sulki et Sulku non seulement je les ai rêvés tout seul mais ils m’ont parfois accompagné quand je ne dormais pas. Je les ai souvent sentis près de moi pour me porter secours quand la réalité devenait trop étouffante. Sulki et Sulku sont un peu mon gilet de sauvetage quand vous risquez de vous noyer dans les certitudes des gens qui savent.
 
Ils parlent du pape, du terrorisme, des intégrismes...
Et en même temps ils n’en parlent pas. Ils ont cette capacité magique de discuter de gens connus sans jamais les décrire ou les caricaturer. Ils les réinventent dans d’autres situations, ils les devinent dans des endroits où personne ne les a jamais vus. De qui parlaient Picabia, Desnos, Breton ou Aragon lorsqu’ils racontaient leurs histoires ? De leurs désirs, de leurs caprices, de leurs envies ! Sulki et Sulku sont deux personnages qui ont l’insolence d’être eux-mêmes pour leur plus grand plaisir et le mien.
 
Ils s’inscrivent dans ton projet de rire de résistance ?
Oui... puisqu’ils résistent à la banalité du discours, au consensus de ce qui nous est donné pour beau, pour bien ou mal... Ils imaginent le pape, par exemple, dans un supermarché, et pourquoi pas ? Même si ce pape-là, François, m’a un peu devancé, il a sans doute lu la pièce...
 
Interview texte Pierre Notte
Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

À lire aussi...
 Auteurs maison 
Le 22/06/2010
Appelez-moi le Directeur !
Ça c'est le Rond-Point
Hall du Théâtre du Rond-Point. Une spectatrice compulse fébrilement le programme de saison. Soudain elle se dirige vers le responsable de l’accueil.
LA SPECTATRICE. – S’il vous plaît, appelez-moi le Directeur !
Le Directeur apparaît aussitôt derrière elle.
LE DIRECTEUR. – Madame ?
LA SPECTATRICE. – Je ne peux pas le croire, il n’y a aucun auteur mort ici ?
LE DIRECTEUR. – C’est un théâtre Madame, pas un cimetière.
LA SPECTATRICE. – Et ce n’est pas dans les théâtres que sont joués les grands auteurs ?
LE DIRECTEUR. – C’est ce que nous faisons Madame.
LA SPECTATRICE. – Vous plaisantez ?
LE DIRECTEUR. – Du tout.
LA SPECTATRICE (montrant le programme). – Mais ils sont tous vivants chez vous !
LE DIRECTEUR. – Et alors ?
LA SPECTATRICE. – Comment pouvez-vous savoir si ce sont de bons auteurs ?
LE DIRECTEUR. – Nous faisons confiance à notre goût, Madame.
LA SPECTATRICE. – Quel goût ? Vous êtes capable vous, de dire si l’entrecôte est bonne quand la vache est encore vivante ? Qui peut jurer de la saveur d’une saucisse ou de la qualité d’une rillette quand le cochon patauge dans les topinambours ?
LE DIRECTEUR. – Madame, je vous assure qu’ici…
LA SPECTATRICE. – Non, pas à moi, je connais la chanson ! Vous connaissez Lucien Karl ? Jacques Lecalin ? André Granbourg ?
LE DIRECTEUR. – Non.
LA SPECTATRICE. – Normal. Tous oubliés. Des nuls. Seulement, de leur vivant, leurs pièces ont assommé des centaines de spectateurs imprudents, dont ma propre famille, qui s’étaient jetés dans des théâtres sans vérifier l’acte de décès de l’auteur…, et je ne parle pas des acteurs indigents qui les jouaient…
LE DIRECTEUR. – Ah ça, les acteurs, vous comprendrez que nous sommes obligés de les engager vivants. Même si j’imagine que pour vous, l’idéal serait que des acteurs morts jouent des auteurs morts.
LA SPECTATRICE. – Ah ça c’est sûr ! Croyez-moi, si vous programmiez Sarah Bernhardt dans une pièce de Corneille, ce serait un tabac ! Et nous les spectateurs on viendrait les yeux fermés.
LE DIRECTEUR. – Mais vivants ?
LA SPECTATRICE. – Et heureux de l’être !… Quand même, reconnaissez que ce que je vous dis est l’évidence même.
LE DIRECTEUR. – Je n’en suis pas sûr.
LA SPECTATRICE. – Ah bon et pourquoi ?!
LE DIRECTEUR. – Vous êtes vivante, Madame.
LA SPECTATRICE. – Exact (elle reste interdite un instant). Ce n’est pas faux.
LE DIRECTEUR. – J’en ai l’impression.
LA SPECTATRICE. – C’est ce que me dit souvent mon mari quand je lui parle.
LE DIRECTEUR. – Qu’est-ce qu’il vous dit ?
LA SPECTATRICE. – « Tu sais Simone, par moments je te préfèrerais morte que vivante ».
LE DIRECTEUR. – Je le comprends.
LA SPECTATRICE. – Seulement c’est pas gagné parce que si une fois morte je ne valais plus rien ?
LE DIRECTEUR. – Ça, mystère… !
LA SPECTATRICE. – La solution serait…
LE DIRECTEUR. – Peut-être que vous ne mangiez plus de viande…
LA SPECTATRICE. – Voilà ! Comme ça on est tranquille… peu importe que la vache soit vivante ou pas…
LE DIRECTEUR. – Je vous propose un abonnement ?
LA SPECTATRICE. – Pourquoi pas.
LE DIRECTEUR. – La caisse est ici Madame. Autre chose ?
LA SPECTATRICE. – Non… tout va bien. Merci.
LE DIRECTEUR. – À bientôt Madame.
La spectatrice sort son carnet de chèque en fusillant du regard le Directeur qui s’éloigne…
LA SPECTATRICE. – Je l’aurai… un jour je l’aurai…
FIN

 
 Auteurs maison 
Le 28/09/2010
 
 Auteurs maison 
Le 22/09/2017
 
Toutes les rubriques
 
 Accueil
 
 Auteurs maison
911 art.
 
 Vedettes etc.
566 art.
 
 Confs & Perfs
590 art.
 
 Archives
3633 art.
 
 Podcast
180 art.
 
 Presse
65 art.
 

 Contactez-nous 
 
Les podcastsdu Rond-Point
 
Ce site vous est proposé par le théâtre du Rond-Point