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Les bonus de la saison
Lazare : Sombre rivière

Rencontre au bar du Rond-Point avec Lazare, auteur et metteur en scène de Sombre rivière qu'il présente en décembre 2018 dans la grande salle du Théâtre du Rond-Point

 
Rond-Point – Comment est né Sombre Rivière ? Quel a été le déclencheur ? Le déclic ?
Lazare – Tout au départ est né le désir de revisiter par la musique les trois pièces de la trilogie commencée en 2006 avec Passé - je ne sais où, qui revient, évoquant les massacres de Sétif et Guelma en 1945 en Algérie, Au pied du mur sans porte, sur la crise des banlieues
françaises, et Rabah Robert – touche ailleurs que là où tu es né, sur la Guerre d’Algérie : les manques et les trous dans le récit de
notre histoire contemporaine... Je rêvais donc Sombre rivière comme un blues, un chant drainé dans les sédiments du fond de l’eau de l’instant et des écritures anciennes. Dans les débris de ce que l’on a fait, il reste l’essentiel. Un essentiel à offrir sans trop de complexité. Et puis il y a eu les attentats de novembre 2015, à Paris. La violence extrême nous a rattrapés à l’intérieur de nos frontières. Un monde de la séparation a ressurgi très violemment. De part mon histoire personnelle, tout me renvoie alors au fait que je suis des deux côtés de la séparation. Je suis au milieu, tiraillé entre deux mondes, au cœur de cette part du récit non racontée, d’une histoire coloniale non assumée dans laquelle nous faisons naître nos enfants. Après la stupeur, j’appelle deux êtres qui me sont très chers : ma mère, une vieille
dame algérienne qui vit en banlieue, et le poète et metteur en scène Claude Régy, ne serait-ce que pour partager cette question :
pourquoi le monde devient-il fou ?

Entretien texte Pierre Notte
vidéo Jean-Daniel Magnin


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Merci
Merci à vous d'être de plus en plus nombreux à venir faire un tour sur ventscontraires.net et à picorer à l'intérieur de nos rubriques. Ce mois-ci de belles recrues sur la piste d'envol ; les auteurs de théâtre viennent miniaturiser les chefs-d'œuvre de la littérature (pièces à un euro)... Et chaque jour de nouveaux podcasts pour vous aérer les oreilles.
 
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Perdu dans Tokyo #3
Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point
20 août Paniques Debout à quatre heures. Moments de craquages. Quand la fatigue prend le dessus sur tout, sur la ville, l'adaptation impossible à un environnement en tout étranger, insaisissable, incompréhensible. Plus aucun repère viable. Perte du langage, des mots, de l'alphabet. Panique à bord et rétropédalage. Crise d'angoisse. Manque de sucre, aussi, peut-être. Il n'y en a quasiment nulle part. Peur du temps à passer perdu là. Réveil en sursaut. Puis ça passe. La chambre Espace meublé, chambre 607. Une chaise, bureau long et fin accolé à la fenêtre unique. Un petit miroir, une bouilloire, une lampe, un appareil électrique dont je ne comprends pas la fonction. Une boîte de mouchoirs, un peignoir, une petite poubelle, un sèche-cheveux et une lampe de poche. Une télé, un grand lit, un petit meuble bas sur lequel poser la valise. Un cabinet de toilette avec douche baignoire-sabot, petit lavabo et wc avec jets multiples comme partout. Au-dessus du lit, un crochet pour un tableau, reproduction quelconque. Mais là, rien, pas de tableau. Le crochet tout seul. La connexion Internet est mauvaise et la disposition de l'espace rend compliquées mes quarante minutes de gym du matin, rituel vital. Je prétexte le bruit et la mauvaise connexion, je demande à changer de chambre, si possible. On est très aimable, aucun problème. J'espère retrouver une chambre disposée autrement, sinon plus spacieuse. À quinze heures, j'entre dans la 1039. Tout y est parfaitement identique, au même endroit, même dispositif, mêmes objets, placés pareil. Même fenêtre, même salle de bain, même chambre. Tout exactement pareil. Et au-dessus du lit, même crochet, et pareillement sans tableau. Mon amie Masako rit, me dit qu'au Japon, on a un sens particulier de « l'égalité ». Je ferai ma gym sous le bureau.  Les cendres du père Après-midi de stage. Exercices et jeux. Mes hôtes Kenichi Shinomoto et Hyo Hirota, organisateurs, directeurs, responsable de la Japan Directors Association, filment, consignent, observent et travaillent, me laissent carte blanche. Bienveillants, attentifs, présents. Autour d'eux, d'autres observateurs, assis, sages, studieux, notent. Je crois qu'ils dorment, je vérifie, ils sont seulement très concentrés. Après-midi de travail autour des textes et des chansons. Je suis au piano, entouré des stagiaires qui entonnent les chansons de Moi aussi je suis catherine deneuve et des Couteaux dans le dos. On fait des battles de chorus (je n'aurais jamais cru un jour pouvoir écrire ça). On retraduit encore. Faire rentrer les mots japonais, toujours plus longs que les mots français, dans les notes. On travaille à jouer autre chose que ce qu'on dit, à dire autre chose que ce qu'on joue. On imagine un défunt patriarche. Je leur demande de venir rendre un dernier hommage au mort, en lui disant le texte d'une chanson japonaise imbécile qu'ils connaissent. Cela fait naître un rire tragique, un décalage grinçant. Douloureux et drôle. J'évoque les cendres du père de Sortir de sa mère, que ses enfants endeuillés transformaient en enduit pour boucher les fissures de leurs murs. « Papa, partout avec moi », disaient-ils. Sur l'île de la Réunion, la pièce avait été très bien accueillie, mais l'idée de jouer avec les cendres des morts avait été mal vécue, mal reçue. Au Japon, ce n'est pas si compliqué. Mais on m'explique qu'ici, les méthodes de crémation ne sont pas tout à fait les mêmes. En plus des cendres, il reste toujours des os. 
 
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