Rechercher 
 
theatre du rond point vents contraires
Revue en ligne du

Auteurs maison

Nos disques sont rayés
Carole Thibaut : Longwy-Texas
Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

Conférence-performance de Carole Thibaut : "Longwy-Texas"

« Le jour où on a abattu le premier Haut Fourneau, j’ai vu mon père pleurer. » Retour à Longwy où les arbres échouent à pousser sur le béton des laminoirs enterrés, où rien n’a réussi à remplacer la prospérité industrielle d’autrefois. Ce sont des souvenirs d’enfance, les femmes tenues à l’écart des usines, une visite dans la gueule d’enfer des Hauts Fourneaux en serrant la main du père ingénieur. Il y a des photos prises par les père, grand-père et arrière-grand-père, des bouts de films Super 8 où se raconte la lente ascension sociale, les journaux télévisés de l’époque, les archives sonores de « Lorraine Coeur d’acier », première radio libre créée à Longwy en 1979 qui documente la fermeture soudaine, les manifestations, les concerts de soutien. Carole Thibaut nous conduit, à la manière d’une conférencière de l’intime, dans la mémoire glorieuse des aciéries et de la sidérurgie lorraine, aujourd’hui éradiquée du paysage. Autrice, comédienne, metteuse en scène, elle est actuellement directrice du Centre dramatique national de Montluçon, autre ville en deuil de son passé d’usines et de labeur.

Production théâtre des Îlets – centre dramatique national de Montluçon – région Auvergne-Rhône-Alpes En coréalisation avec Le Carreau – scène nationale de Forbach et de l'Est Mosellan
Programmé le 7 février 2019 par Jean-Michel Ribes et Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point
Captation Léo Scalco, Sarah Mei-Chan


À lire aussi...
 Auteurs maison 
Le 25/05/2016
 
 Auteurs maison 
Le 21/11/2013
Epiphanie
 Un soir de novembre 1983, je me suis assis sur un banc devant un théâtre parisien. C’était il y a trente ans, j’avais alors dix-huit ans, je m’étais installé à Paris quelques semaines plus tôt, pour faire mes études. C’est le soir, c’est l’automne, c’est novembre, c’est une soirée tumultueuse, emplie de tourbillons venteux, avec de lourds nuages qui cavalent à l’intérieur du ciel, lequel est éclairé d’en bas par les lumières de la ville, qui y révèlent une émulsion gazeuse de couleur jaune suspendue dans l’atmosphère. Des feuilles mortes sont aplaties, lourdes de l’humidité qui les imbibe, sur le sol sableux des allées. Des cuvettes forment des étangs peu étendus, plus substantiels que des flaques, que les piétons doivent contourner. Des lampadaires de fonte, sombres, sculptés, d’une facture assez précieuse, ponctuent les allées de loin en loin et enrichissent d’un soupçon de féerie l’atmosphère de la nuit. Il se trouve que ce soir-là, je n’allais pas très bien, l’avenir et la réalité me faisaient peur, terriblement peur : je craignais de ne jamais trouver ma place en ce monde. Assis sur mon banc aux abords du théâtre, je voyais de nombreux nuages lourds qui avançaient à toute vitesse dans la même direction : la ligne droite des nuages coupait obliquement l’axe est-ouest de la ville, et ce désaxement du ciel par rapport à la géographie urbaine me plaisait beaucoup. Un tumulte extraordinaire m’environnait : vacarme du vent, violence physique des tourbillons, branches noires qui remuent, papiers et sacs plastique qui volent. Je me vivais, ce soir-là, comme un exilé, un apatride, un orphelin, une entité détachée : nulle terre hospitalière, me semblait-il, ne s’offrirait à m’accueillir, jamais : j’entrevoyais mon avenir comme un monumental désastre. Mais quelque chose, dans ce spectacle des nuages noirs qui circulaient à toute vitesse selon un axe inflexible, me rassurait, et m’apaisait. Un flash métaphorique illumina alors mon esprit, il me sembla que les nuages étaient animés par l’énergie d’une détermination inexorable : élan massif de tout le ciel par-delà la stratosphère urbaine. Oui, je me suis dit alors que j’étais là-haut et non pas ici-bas, j’ai éprouvé une grande ivresse à me sentir dans un rapport de complicité analogique avec la vitesse et l’obliquité des nuages, je me suis dit que je serai sauvé par quelque chose de comparable à ce qui pousse le ciel avec une telle vitesse et selon un axe aussi déterminé. Une puissance. Une force intérieure. Le hasard et la chance. Le désir et la volonté. Une puissance et une force qui renverseraient tous les obstacles : car nul obstacle n’interrompait la course de ce ciel sombre et mouvementé. Ce qui précède est la description de l’une des plus puissantes épiphanies de toute ma vie. L’un des moments les plus intenses que j’aie jamais vécus, dans un rare entremêlement d’effroi et de confiance, comme si soudain, dans les ténèbres, à la faveur d’une subite éclaircie, j’avais entrevu ce que pourrait être ma vie trente ans plus tard. Je peux dire que cette soirée de novembre 1983, aux abords de ce théâtre, m’a longtemps servi de socle. J’y ai pensé souvent, avec le plus grand réconfort, toujours. Ce fut pour moi une nuit fondatrice. J’ai raconté cette épiphanie dans mon roman Cendrillon. Pour rendre sensible ce qui s’est joué de fondamental en moi cette nuit-là, je l’ai mise en scène comme une expérience de laboratoire, en postulant deux personnages théoriques, le Personnage A (moi à dix-huit ans, tout juste débarqué de ma banlieue) et le Personnage B (le jeune adulte nanti et socialement établi que je n’étais pas). Postulons le soir, postulons l’automne, postulons novembre, pour que cette expérience épiphanique et visionnaire puisse commencer. Ces quelques pages de Cendrillon, Bertrand Belin en a fait une chanson que j’adore, Postulons, dont les paroles sont toutes des phrases extraites de mon livre. Frédéric Fisbach a eu l’idée d’ouvrir son spectacle, Elisabeth ou l’Equité, en diffusant Postulons dans la salle, lumière allumée, et de faire entrer les comédiens sur ses dernières mesures, comme un fondu enchaîné, avant d’éteindre la lumière, une fois la scène bien engagée. Un fondu enchaîné entre le dehors et le dedans, la réalité et la fiction, le passé et le présent, la vie et l’œuvre, le biographique et le romanesque. Mais surtout un merveilleux principe de continuité entre ce soir de novembre 1983 où j’ai rêvé mon avenir et tous ces soirs de novembre 2013 où ma première pièce de théâtre est représentée, comme si ces soirs présents étaient autant de visions oniriques créées par ce soir ancien, ce soir lointain. Car le théâtre devant lequel, arrivé en avance, je me suis assis, sur un banc, sous le grand ciel désaxé, en novembre 1983, était le théâtre du Rond-Point. Je sais maintenant ce que j’ai entrevu de si beau ce soir-là : c’est ce que je suis en train de vivre en ce moment, ma première pièce créée dans ce même théâtre, le théâtre du Rond-Point, en novembre, exactement trente ans plus tard, comme un rêve, une vision automnale réalisée.
 
 Auteurs maison 
Le 06/03/2014
Rêves minuscules de comptoir #5
Ca me coûte rien de refaire le monde, je loue pas d’outils.   Le surhomme, il faut qu’il se marie avec une surfemme, sinon, ça pourra pas marcher.   Moi si un jour je vais au paradis, ça me dérange pas de rester debout.  
 
Toutes les rubriques
 
 Accueil
 
 Auteurs maison
918 art.
 
 Vedettes etc.
569 art.
 
 Confs & Perfs
614 art.
 
 Archives
3633 art.
 
 Podcast
183 art.
 
 Presse
66 art.
 

 Contactez-nous 
 
Les podcastsdu Rond-Point
 
Ce site vous est proposé par le théâtre du Rond-Point