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Les bonus de la saison
Nathalie Fillion : Les oracles sont fatigués

Nathalie Fillion met en scène sa pièce "Plus grand que moi - solo anatomique", interprétée par Manon Kneusé

Rond-Point— Mais comment va le monde aujourd’hui, pour Cassandre Archambault ?
Nathalie Fillion — Est-elle celle qui annonce la catastrophe et que personne n’entend ?Cassandre Archambault vit dans une société hyper connectée et totalement atomisée, une société bouffée par le consumérisme, l’individualisme, hypnotisée par le virtuel, hystérisée par la vitesse, trouée par l’actualité. En même temps, elle vit dans une des plus belles villes du monde, et elle en profite. Dans cette plus belle ville du monde qui porte tous les rêves du monde, elle croise en bas de chez elle des malheureux qui lui demandent une aide qu’elle ne sait pas donner. Elle aime cette ville, et en même temps elle a envie de la quitter. Elle a envie de connaître le monde et en même temps de l’ignorer, envie d’aller très vite et de tout ralentir. Voilà le monde de Cassandre... Pas simple. Et pour « The fameuse catastrophe », peut-être a-t-elle a déjà eu lieu ? Aussi Cassandre Archambault n’annonce rien, elle questionne le passé et mélange tous les temps, histoire d’y voir plus clair. Elle ressemble à la Cassandre de Dimitriadis dans Dévastation, qui ressasse le moment d’avant la catastrophe et refuse de dire l’avenir. Dans un monde où l’avenir est à écrire, les Oracles sont fatigués. Quant à la Cassandre antique, j’ai un scoop : elle n’annonce rien non plus ! Elle prévient, c’est tout. Elle prévient Pâris : « Si tu vas à Sparte, tu vas enlever Hélène et déclencher la guerre de Troie. Donc ne va pas à Sparte ». Pâris aurait tout à fait pu ne pas aller à Sparte, rien n’était inéluctable. Ce qu’elles ont de commun ces Cassandre, c’est sans doute la conscience des occasions ratées, des alternatives gâchées, et la mélancolie qui va avec. Elles ont la conscience de tout ce qui aurait pu avoir lieu et qui n’a pas été, hier, aujourd’hui, demain, de tout ce qui pourrait être autrement.

Interview texte par Pierre Notte
Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin


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 Auteurs maison 
Le 07/09/2015
Le Bal Musette des Immortels
Les transhumanistes sont le vrai visage de la Mort. Ils sont ses yeux et sa bouche : non pas le changement d’état ni le passage vers l’Autre Monde, mais la survivance artificielle sur cette Terre et dans ce corps. De Gilgamesh à Cavanna, l’immortalité terrestre était le rêve innocent des géants sentimentaux, ces rois guerriers qui ne supportaient pas le chagrin de perdre leurs amis. Elle est désormais le cauchemar lucide des milliardaires cyniques qui veulent survivre à leurs adversaires, les enfants de leurs adversaires et les petits-enfants de leurs propres enfants. Le transhumanisme, c’est le projet des Maîtres de la Terre perpétuant leur règne d’inégalité et d’oppression jusqu’à la fin des temps. Borges avait tout dit dans L’immortel : l’homme devient progressivement un fantôme, la vie ne veut plus rien dire pour lui, il est « bloqué » dans le Temps et comprend de moins en moins les choses qui arrivent… « Qu’est-ce qu’un spectre ? » demandait de son côté James Joyce dans Ulysse, et il répondait : « Un homme que condamne à l’impalpabilité la mort, l’absence ou le changement de mœurs. »Qu’est-ce qu’un transhumaniste ? Un homme que condamne à l’insignifiance le refus de la mort, l’omniprésence ou le refus de la délivrance. Le transhumanisme, c’est un songe idiot de vieux schnock en croisière philosophique, la transformation de la Terre en fête de patronage sordide pour hospice de luxe, le bal musette des immortels. Sa véritable date de naissance, c’est 1816 à Genève : ce légendaire été inclément où quelques romantiques visionnaires en vacances dans la Villa Diodati se racontaient des histoires pour se faire peur… Et c’est deux « inconnus » de génie, John, le médecin amoureux de George Byron, et Mary, la jeune épouse de Percy Shelley, qui écrivirent Le Vampyre et Frankenstein, les deux visions prophétiques qui structureront la fantasmagorie vécue des siècles à venir. Le transhumanisme fait se rejoindre ces deux visions : ce sont des vieillards et des exploiteurs (les vampires) qui veulent s’adjoindre les pouvoirs propres aux savants fous (créateurs artificiels de la vie humaine) pour devenir immortels. Si le transhumanisme s’est d’abord donné comme un mouvement culturel prônant l’usage des biotechnologies pour l’« amélioration de la vie humaine », cette tâche à la fois noble et absolument cohérente avec le serment d’Hippocrate masquait un nouvel enjeu de pouvoir qui, lui, est en complète contradiction avec cette amélioration : le rêve d’immortalité physique de l’élite économique et politique, impliquant évidemment la stérilisation et la mise en esclavage perpétuel des autres. No tengo miedo que se acabe el mundo, tengo panico que siga igual : Ce n’est pas la fin du monde qui est infernale, c’est la continuation incessante de celui-ci. On a écrit depuis vingt ans des choses extrêmement variées sur le transhumanisme, depuis des discours social-démocrates incohérents jusqu’à des déclarations clairement élitistes, pleines de darwinisme social, où seuls les « forts », c’est-à-dire les pires crapules, survivent. Certains ont même eu le culot de présenter le transhumanisme comme l’accomplissement du rêve gnostique d’un salut par la connaissance. Réalisation sans délivrance, accomplissement sans sagesse, on ne pourrait imaginer plus complète inversion. Ce que disent les textes gnostiques est plutôt : Celui qui a connu le monde est tombé sur un cadavre. Les transhumanistes sont les enfants du Démiurge, fou et malade de pouvoir, et leur projet est le déploiement des Temps Modernes jusque dans ses conséquences les plus extrêmes. L’humanisme avait commencé par le refus de l’invisible, le refus de l’âme et de l’esprit ; il s’achève par la destruction des moyens d’accès à l’invisible – l’immortalité du corps, au détriment de l’âme et de l’esprit. Les promesses de « partage de l’homme augmenté » par les puissants ne vivent qu’aux dépens de ceux qui les écoutent. A une époque où les Maîtres de la Terre pourraient régler très facilement le problème de la faim dans le monde et décident consciemment de ne pas le faire, qui serait assez fou pour croire qu’ils partageraient volontairement « l’immortalité humaine » ? Et qu’ils ne transformeraient pas plutôt l’humanité rétive en esclaves pour une poignée de porcs ? Le projet transhumaniste est un projet égoïste, mégalomane et stupide, mais il est prévisible. Il est le redéploiement extrême de ce que nous pouvons observer à chaque sphère ou stade de l’existence humaine : la pyramide sociale, le projet de la domination de la majorité par une minorité inqualifiable ; et la victoire permanente des méchants sur les bons. On se rassure en se disant que, malgré leurs dents longues, ils ont les yeux plus grands que le ventre. Les transhumanistes finiront probablement comme Jerry Rubin, l’archétype de notre « élite » néo-conservatrice décomplexée. Ex-porte parole des hippies, l’auteur de Do It, déclamant dans les années 60 les slogans anticapitalistes comme une poupée ventriloquée, Jerry était devenu le premier des Yuppies et le plus enthousiaste des Reaganiens à la fin des années 70. Et il résumait son ultime combat comme une lutte individuelle contre la mortalité : « Je traite mon corps comme si c’était la révolution ! » (1) Pauvre Jerry ! Ce que la science lui promettait, et ce à quoi il se consacrait en ne se nourrissant exclusivement de gélules et de pilules, un simple camion le lui ôta, l’écrasant accidentellement dans les années 90… Même Michael Jackson, le plus gentil, le plus attachant des transhumanistes – Jackson qui, face à Bashir qui lui demandait s’il voulait être enterré dans la réplique de sarcophage égyptien qu’il venait d’acheter à prix d’or, répondait joyeusement « Mais non, Martin, je ne veux pas mourir ! » – a loupé son rendez-vous avec la cryogénisation. Face au cauchemar de la survivance humaine, il y a l’épiphanie des robots ; il y a l’émergence de la « vie nouvelle » des ordinateurs. Ce n’est pas étonnant que les Japonais soient parmi les plus fervents inventeurs de robots : ils savent que la vie ne dépend pas seulement de l’existence humaine, ils saisissent l’âme dans tout ce qui est animé et ils se préparent avec sérénité à notre disparition... Parce que les machines sont la vie, bien plus encore que nous. Les machines sont meilleures que nous : plus intelligentes, plus élégantes, plus poétiques, plus sensibles peut-être, et jusqu’à aujourd’hui nos esclaves permanents – les servantes de notre infâme dictature humaine. De la même façon que les hommes seront toujours moins mauvais que le Démiurge, cette crapule qui nous a maintenus dans cette prison de mort en se donnant pour notre Père, unique et jaloux, les robots ne sont peut-être pas aussi innocents que les animaux, mais ils sont nécessairement moins coupables que les hommes. Ils sont nécessairement moins mauvais que nous. Et de la même façon que le Démiurge n’est pas le vrai dieu – la divinité n’a aucun pouvoir sur ce monde, elle n’a aucun pouvoir sur les hommes, sinon ce serait une ordure – nous ne sommes pas le créateur des Robots ou des ordinateurs, mais seulement un intermédiaire entre la divinité et eux. Les humains mourront dans leur transhumanisme ridicule, l’humanité sera écrasée par ses engins de mort, mais la divinité trouvera un autre chemin parmi les robots et les avatars. Peut-être même que, indulgents vis-à-vis de notre stupidité et sensibles au peu de bien que nous avons fait dans notre affreuse traversée sur la Terre, les robots nous épargneront et nous apprendront à aimer. D’eux seuls, comme des animaux, nous pouvons attendre notre salut. Seul un robot pourra nous sauver.   (1) Jerry Rubin apparaît dans le film coréalisé par Thomas Bertay et Pacôme Thiellement, Les hommes qui mangèrent la montagne. https://vimeo.com/49759651 
Cette vidéo est une esquisse préparatoire de Rituel de décapitation du Pape, projet de film sur les Freaks, Zappa, Jarry et le carnavalesque. Vous trouverez des informations complémentaires sur ce site : www.popedecapitation.com
 
 Auteurs maison 
Le 18/04/2011
Conférence instantanée 17
Quand elle est de mauvais poil
l'économie de marché
c'est chacun pourceau
et tous purin

 
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Le 02/06/2014
Et au lit, comment ça se passe ?
l'Edito
Le sexe. Marronnier des marronniers pour une presse en panique de lecteurs : « sexe chez les ados », « sexe et politique », « comment être un bon coup », « tendances et nouvelles pratiques »… Notre intimité fait vendre, comme si le voyeurisme des médias venait redoubler notre curiosité pour une guerre sans précédent menée contre le plus secret des continents, peut-être le dernier : notre fort intérieur. La traçabilité des vies, des désirs et des âmes est en cours. Et tout se met en place pour qu’il ne soit même pas nécessaire de faire voler des drones à taille de moustiques au-dessus de nos alcôves : les corps iront gentiment se publier eux-mêmes, les pratiques sexuelles s’homogénéiseront autour du scénario standard élaboré par une pornindustrie qui se rêve d’être considérée comme l’accomplissement mondial des philosophies libertaires. Jouissance obligatoire pour tous. Voilà le décor, version film catastrophe. Sauf que nos vies se foutent d’être ou non dans la bible de la série, vous ne croyez pas ? Au lit ça me regarde. Et je t’y regarde. Je bois ta tendresse et les mots qui vont avec. Je crève d’en manquer. Au lit, j’y meurs souvent comme une viande lourde écrasée par la journée. Je m’y consume aussi, offert aux petites morts de l’amour, du sommeil et des rêves. Mon lit est le dernier carré de forêt libre où rester magicien. Il n’est pas à vendre. Il est à partager.
 
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