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Auteurs maison

Judith Perrignon
Pas de retraite pour Mohammed
Les Arabes, on les faisait naître le 1er janvier ou le 31 décembre
L'ascenseur est en panne. Le vide-ordures bouché. Le centre social rasé. Les voitures parfois brûlées. La police sur les dents. Les rats et les cafards s'éclatent plus que les mômes sans toboggan. Tout est tragiquement normal dans cette cité. Et puis voilà qu'Ahmed 22 ans raconte son père Mohammed, il l'accompagne régulièrement à la sécurité sociale, car Mohammed ne parle pas bien le français, même s'il a travaillé en France pendant près de trente ans. Il est à la retraite, il est malade. Mais il ne touche pas de pension. C'est que la sécurité sociale s'y perd. Elle a donné le même numéro à une dizaine d'hommes comme lui. Ils s'appellent tous pareil, ils sont tous nés en 1945 au Maroc, pas le même jour certes, mais on ne se compliquait pas la tache au temps des colonies. Les Arabes, on les faisait naître le 1er janvier ou le 31 décembre. Résultat, un demi siècle plus tard, pas de retraite pour un vieil homme.
Comment savoir combien d'années il a travaillé ? demande peut-être l'employé de la sécurité sociale. Mohammed doit regarder son fils sans comprendre la question. Le fils doit tendre des papiers, de vieux contrats que les employeurs de son père envoyaient par-delà la Méditerrannée quand il rentrait chez lui la saison terminée. C'est eux qui l'appelaient, il fallait des bras pour cueillir les fruits. Un jour il est resté. Regardez ses mains, pourrait dire Ahmed. Mais les neuf autres ont sûrement les mains aussi abîmées. Regardez son dos, pourrait-il dire aussi. Mais les neuf autres ont sûrement le dos aussi fourbu que lui.
Alors peut-être qu'Ahmed s'énerve. C'est fou ce que les fils sont plus nerveux que leurs pères. C'est ce qui se dit beaucoup dans les rues de Cavaillon, c'est là qu'Ahmed habite avec ses parents, et c'est là aussi que le Front national a fait son plus beau score aux dernières élections. 34,29% au premier tour.


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(L'été au comptoir)
- Un oiseau, à pied, au milieu de la route !
- Il fait ce qu'il veut.
- Non, un oiseau, faut que ça vole.
- Il fait ce qu'il veut.
- Moi, je marche au milieu de la route, je vole pas !
- Tu fais ce que tu veux.
- Je suis pas un oiseau ! Je marche !
- Tu fais ce que tu veux.
- Même des fois, je tombe.
- Tout le monde.
- Les avions, pas les oiseaux.
- Les hommes, les oiseaux, les avions, la pluie, tout le monde tombe.
- Sur la route ?
- Dans l'escalier.
- Un oiseau, ça tombe pas dans l'escalier.
- Il fait ce qu'il veut.
- Ni un avion !
- Ca s'est vu, à travers le toit.
- Il tombe du ciel sur la route.
- Jamais vu ça moi...
- Tu vas jamais sur la route !
- Je fais ce que je veux.
- De toute façon, les oiseaux, c'est des cons.
- C'est Chaval qui disait ça.
- Le boucher ?
- Il dit ce qu'il veut.
- Tu bois quoi ?
- Pareil.
- Je t'ai pas dit, ma femme est morte.
- Elle fait ce qu'elle veut.
- Quand ?
- Ce matin.
- Elle s'est fait renverser sur la route ?
- Elle est tombée par la fenêtre.
- Elle fait ce qu'elle veut.
- On voit de ces choses.
- Elle fait ce qu'elle veut.
 
 Auteurs maison 
Le 05/05/2010
Faits d'hiver (3)
Hommage à Félix Fénéon *
Egaré dans le brouillard, l’automobiliste Joseph Planton qui suivait les feux rouges du chauffeur devant lui se retrouva dans le garage de ce dernier puis dans sa cuisine.

* Les Nouvelles en trois lignes sont le nom d'une rubrique publiée dans le journal Le Matin à partir de 1905. Cette rubrique est restée célèbre pour avoir bénéficié de la collaboration de Félix Fénéon, entre mai et novembre 1906.
 
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