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theatre du rond point vents contraires
Revue en ligne du
Pierre Colin-Thibert

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Le 23/06/2015
Petites et grosses bêtes
On compte, au maximum, 80 attaques de requins par an. Elles suscitent, inévitablement, le même émoi horrifié. On crie alors haro sur le squale et on lance des expéditions punitives où quelques malheureux spécimens sont impitoyablement harponnés et exhibés aux caméras de la télévision pour assouvir la soif de vengeance des baigneurs. La maladie de Lyme, elle, fait 50 000 victimes par an, uniquement en France, et ce, dans la plus absolue discrétion. On n'organise pas d'expédition punitive contre les tiques, pas d'aspersion d'insecticides dans les forêts, que dalle. La victime d'un requin passe pour un héros, celle d'une tique fait sourire. Moralité : pour connaître son quart d'heure de célébrité, mieux vaut être mordu par une grosse bête que par une petite.
 
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Le 14/08/2014
 
Fontaine
Au bureau ils ont installé une grosse bonbonne en plastique translucide sur un socle du même métal. Il s'agit, nous a informés une note de service, d'une fontaine à eau. Évidemment. Si c'était une fontaine à vin, on ne foutrait plus grand chose. Les filles s'en moquent, elles ont toutes leur bouteille d'eau perso. Quant aux types de la force de vente, ils aiment parler cul et foot autour la machine à café. La fontaine à eau ne semble pas les inspirer. Dans mon esprit une fontaine c'est un ouvrage en pierre ou en bois, moussu et vermoulu, dans lequel l'eau chante joliment en coulant d'un bec de bronze. Ou alors c'est un monument baroque aux quatre angles duquel des tritons barbus et baraqués crachent de la flotte à jet continu. Ça n'a, en tout cas, rien à voir avec ce truc qui produit d'inélégants borborygmes chaque fois qu'on le sollicite. Moche et bêtement fonctionnel, l'objet suscite des envies séditieuses. On aimerait y introduire nuitamment un couple de poissons rouges, un grenouille, un nénuphar ou une pincée de LSD. Juste pour voir l'effet que ça ferait. Il fait chaud dans nos bureaux, je meurs de soif. Il ne faut jamais dire "Fontaine, je ne boirai point de ton eau…"
 
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Le 25/12/2013
Conte de Noël
Noël, c’est la fête de famille par excellence. « Et la famille, c’est nous ! » clament les parents de Lionel. Ceux de Marie-Paule, son épouse, revendiquent malheureusement le même mot d’ordre. En conséquence, passer le réveillon chez les premiers, c’est assurément vexer durablement les seconds. Quant à réunir les deux familles, c’est impensable : les uns sont très à gauche, les autres très à droite, on risque le pugilat, voire pire. Un triste exemple à donner aux enfants, surtout un soir de Noël. Lionel et Marie-Paule ont trouvé à cet épineux problème familial une solution boiteuse, mais une solution tout de même : réveillonner d’abord chez les parents de Lionel, ensuite chez ceux de Marie-Paule. L’année suivante, on fait le contraire, dans un souci d’équité. Pour le jeune couple, c'est une corvée, car les premiers habitent à cinq cents kilomètres au nord de chez eux, les seconds à cinq cents kilomètres au sud. Seuls les enfants trouvent amusant de découvrir deux fois de suite leurs cadeaux sous des sapins identiques. Au retour de ces doubles festivités, Lionel, la digestion alourdie par deux dindes aux marrons successives, sans compter le foie gras, les chocolats et le champagne, s’endort au volant. Bilan : quatre morts. Au moins, les deux familles seront-elles réunies pour les funérailles.
 
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Le 07/09/2013
Si Dostoïevski écrivait aujourd'hui
La réponse de l'éditeur
Cher monsieur Dostoïevski, Nous avons lu votre roman intitulé "Crime et châtiment" avec l'attention requise. Permettez-moi d'abord de vous dire que le titre ne tient pas ses promesses : le crime arrive beaucoup trop vite, le châtiment n'en finit plus ! Si vous persistez dans l'intention d'écrire du "polar", je vous suggère un nom mieux adapté que Raskolnikov. Tom, par exemple, éviterait à vos lecteurs de s'écorcher la langue. Transposez votre histoire à New York ou à Chicago, Saint Petersbourg, ça ne dit rien à personne. Si vous souhaitez nous présenter à nouveau votre ouvrage, permettez-moi de vous donner quelques conseils : pour commencer, faites durer le plaisir avant d'assassiner la vieille usurière. Soyez plus précis dans la description du crime : nos lecteurs sont friands de "gore", n'ayez pas peur d'en rajouter. Il est impératif que le sang éclabousse les murs. Lorsque Tom/Raskolnikov tue Elisabeth surgie inopinément au moment du crime pourquoi ne la violerait-il pas ? Ante, ou post mortem à votre convenance. Au point où il en est, il se sera pas condamné plus lourdement. La dimension sexuelle est en effet très absente de votre manuscrit si l'on excepte quelques allusions au fait que Sonia se prostitue. Une piste que vous n'exploitez pas assez : nos lecteurs ont envie d'en savoir plus : Sonia a-t-elle une ou des "spécialités" ? Accepte-t-elle la sodomie ? Autant de questions sur lesquels glisse votre manuscrit pour s'attarder sur des considérations philosophico-socialo-religieuses qui n'intéressent plus personne aujourd'hui, croyez-en mon expérience d'éditeur. Éliminez sans pitié tous les personnages qui n'apportent rien à votre récit. Le médecin, la servante, la mère, la soeur et son fiancé. Concentrez-vous sur l'intrigue, faites commettre d'autres crimes à Tom/Raskolnikov de façon qu'il devienne "le tueur à la hache" recherché par le FBI qui met sur l'affaire ses meilleurs "profilers". Là, vous tiendrez quelque chose. Quant aux policiers, on ne les sent pas du tout. Ils doivent être plus durs, sujets à des doutes existentiels, préoccupés par leur divorce et la garde des enfants. Inspirez-vous, si nécessaire, des séries qui passent à la télé. Alors au travail, monsieur Dostoïevski ! Re-musclez-nous un peu tout ça avec un seul objectif : tenir le lecteur en haleine et lui foutre les boules. À ce compte-là seulement vous pourrez vous prétendre écrivain.
 
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Le 22/07/2013
Echange d'appartement, suite
Cher monsieur Thibert, Vous serez sans doute désagréablement surpris de l'état dans lequel vous allez trouver votre appartement en rentrant. Sachez que c'est le résultat d'une suite de hasards malencontreux. Ainsi, pour pénétrer chez vous le premier soir, en l'absence de la gardienne qui avait la clé, nous avons été contraints de casser un carreau à la fenêtre du salon en lançant des cailloux qui ont également brisé un miroir et quelques bibelots. Notre intrusion semble avoir paniqué la vieille dame qui habitait dans la chambre du fond. Elle a tiré à la chevrotine à travers le battant de la porte. À ce propos, il a nous a paru assez inconséquent de laisser entre les mains d'une personne de cet âge une arme d'aussi fort calibre. Mais sans doute vous avait-elle informés de l'existence de ce fusil a canon scié ? La malchance a voulu que le chat soit atteint par plusieurs projectiles. Fou de douleur, il a laissé dans tout l'appartement des traces sanglantes de son passage avant de disparaître. En fait, il était allé crever sous le lit, c'est l'odeur qui nous a alertés, au bout d'une dizaine jours (?). La gardienne ayant refusé que nous l'enterrions dans le jardinet de l'immeuble, vous trouverez son cadavre enveloppé de plastique dans le compartiment congélation de votre réfrigérateur. Quant aux plantes, nous supposons que c'est le stress qui les a fait dépérir, en dépit du traitement que nous leur avons appliqué selon vos recommandations. Il est vrai que la manière dont les forces de police sont intervenues pour extirper la vieille dame de sa chambre, suite à l'incident du coup de fusil, a été particulièrement brutale. Même pour des citoyens américains habitués à la violence.   > Premier épisode
 
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Le 19/07/2013
 
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Le 02/07/2013
 
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Le 30/03/2013
 
Le cheval et le boeuf
Fable
Un vieux cheval, une haridelle, Broutait d'un pré l'herbe nouvelle En jetant à la dérobée Des coups d'œil au bœuf baraqué Qui paissait à proximité.   "Pauvre animal, se disait-il, Promis au couteau du boucher, Moi, au moins je suis bien tranquille, J'ai passé l'âge d'être mangé."   Mais sans avoir compris comment, Le canasson, c'est désolant, Se retrouva chez Spanghero, Débité en menus morceaux, Dans des lasagnes éparpillé, Certifié "viande de bœuf hachée".   La morale de cette triste fable, C'est qu'à moins d'être végétarien, On ne peut plus se fier à rien Au moment de passer à table.
 
 Je lance ma chronique 
Le 20/03/2013
 
Âge ingrat
En 2011, j'ai fêté mes 60 ans. En fait, j'ai soigneusement évité de les fêter. Comme je possède encore la plupart de mes cheveux, une bonne partie de mes dents, et que je ne porte jamais de cravate, les gens me croient plus jeune que je ne suis et j'espérais entretenir l'illusion aussi longtemps que possible. C'était compter sans Internet. Il n'est, depuis cet anniversaire, de jour où je ne reçoive une publicité pour durcir mon pénis, prolonger mon érection, ou, plus modestement, en obtenir une. De là le terme "sexagénaire", sans doute ? Pour le reste, on me suggère des bilans auditifs, des traitements à base de guano pour soulager mes articulations douloureuses, des produits miracle pour nettoyer mon dentier, et d'autres destinés à l'empêcher de dégringoler quand j'ouvre la bouche pour coasser : "Comment ? Quoi ? " car je deviens un peu dur d'oreille. J'ai droit à des tests gratuits pour dépister mon cancer colorectal ou ma dégénérescence maculaire. On m'invite à défigurer ma belle maison XVIIIème en y installant sans tarder un monte-escalier alimenté par des panneaux solaires. Heureusement, grâce à la garantie "senior" imaginée par ma compagnie d'assurances, l'invalidité va devenir un art de vivre. La plus déprimante de ces publicité est sans doute celle qui me somme d'organiser mes funérailles. Quoi, maintenant ? Oui, maintenant. La Mort ne prévient pas, m'explique-t-on, et vos proches, trop occupés à piller votre bibliothèque (dans ma famille, on lit) ou à sonder vos comptes en banque, auront mieux à faire que de se préoccuper du choix d'un cercueil ou de celui d'une urne où conserver vos cendres. Ils vous seront même reconnaissants de leur avoir évité la corvée. Que va-t-on me proposer lorsque j'aurai 70 ans ? J'ai hâte d'y être.
 
Pierre Colin-Thibert

Moitié suisse, un peu belge, je suis né en 1951.

Après avoir exercé divers métiers dont le plus avouable est dessinateur de presse, j'ai commencé à écrire des pièces radiophoniques.

J'ai fait mes premiers pas à la télévision dans "Merci Bernard" de Jean-Michel Ribes. Ont suivi séries, dessins animés, téléfilms...

Puis des romans, des nouvelles, des scénarios de BD.

Un bide au théâtre, mais je n'ai pas dit mon dernier mot !

 
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