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theatre du rond point vents contraires
Revue en ligne du
Muriel Friboulet

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Le 31/12/2011
Consommation réfléchie
Il faut être honnête. Si toutes les photos du réveillon de Noël sont ratées, ce n’est évidemment pas la faute de son petit bijou technique, élu meilleur reflex de l’année. Non, il est parfait et il le gardera très longtemps. Il lui suffira simplement de changer de famille.
 
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Le 18/12/2011
Un amour impossible
Jubilatoire et vigilant. Ces deux mots-là lui plaisaient. Il les disait constamment, mais sans jamais réussir à les marier dans la même phrase. Ils se seraient pourtant si bien entendus... Et ce n’était pas faute d’avoir essayé. Un jour, il les avait invités ensemble, pour voir, devant son armoire à glace. Il avait affirmé à son reflet, les yeux dans les yeux : voilà un livre qui parvient à être jubilatoire tout en restant vigilant ! En face, on lui avait ri au nez. Un éloge pareil n’aurait pu couronner que des inepties. Alors il avait tenté autre chose : tout le monde est sur ses gardes en ce moment, c’est l’univers entier qui devient vigilant et ça, c’est vraiment jubilatoire ! Derrière la glace, on avait pris l’air dégoûté. Il fallait être fou pour dire ça et encore davantage pour le penser. Sa dernière tentative fut plus lamentable encore : si le jubilatoire cède le pas au vigilant, c’est qu’il marche moins vite. Là, son reflet lui tourna carrément le dos. Quant à jubilatoire et vigilant, ils le saluèrent froidement et partirent chacun de leur côté.
 
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Le 10/11/2011
Mail au coeur
On n’est pas fier quand on l’ouvre. Toute la journée, on voudrait penser à autre chose, mais rien à faire, on garde en bouche un drôle de goût. On a le cœur à l’envers. C’est peut-être une chose très commune, qui arrive sans doute à des tas de gens. Mais comment savoir ? Personne n’ira se vanter à la cantonade de ce genre d’événement si intime. On relit, on rumine, puis on supprime le funeste message de la boîte. Surtout ne plus le voir. Comme si cela suffisait pour l’oublier ! Le soir, à la maison, on n’est pas à ce qu’on fait, tout va de travers, le rôti est brûlé, le chat houspillé, et les deux sont immangeables. Plus tard, quand c’est décidément trop lourd à porter seul et que la lumière est éteinte, on finit par avouer, dans un sanglot étranglé : j’ai reçu un avis de non publication.
 
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Le 15/10/2011
La grande peur
L’autre jour, les chats russes sont revenus sur le tapis. – Vous allez voir les chats russes arriver ! – disait très fort un monsieur qui ne parle pas souvent à la légère. C’est vrai que les chats russes actuels sont impressionnants à voir. J’en connais deux. Ils sont très gras. C’est parce qu’entre deux repas, ils ne quittent guère le fauteuil ou le coussin qui leur est dévolu. On les comprend un peu. L’été à Moscou, il fait vraiment très chaud, l’atmosphère est étouffante, bouger est un calvaire. L’hiver, s’il leur prenait le caprice de faire un petit tour dehors, lourds comme ils sont, ils se retrouveraient vite enfouis dans la neige. Ou alors il faudrait les monter sur raquettes, voire sur chenilles. Mais leurs maîtres ont autre chose à penser. Quant à les envoyer quelque part, qui plus est à l’étranger, cela relèverait d’un exploit comparable à celui de Youri Gagarine. Et on a peine à imaginer qu’ils puissent entreprendre un quelconque voyage de leur propre initiative, comme le font parfois certains de leurs congénères d’autres pays. Non, ce n’est pas demain la veille que l’on verra débarquer les chats russes ici. N’ayez pas peur !
 
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Le 02/10/2011
Le serin de Marcel
Pas désagréable, votre manuscrit. Autrefois, je l’aurais volontiers publié, mais de nos jours je m’en sens incapable et croyez bien que je le regrette. Vous allez devoir trouver un éditeur plus courageux que moi, je le crains. Vous savez, les gens préfèrent picorer. Par exemple ils ne vont pas lire M. P., ça non. Mais ils absorberont avec plaisir Venise avec M. P., Les plages normandes avec M. P., À table avec M. P., c’est plutôt par-là qu’il vous faudrait chasser. Réfléchissez, il reste plein de niches ! Tenez, ça m’y fait penser, Le bestiaire de M. P., il faudrait vérifier la biblio, mais je crois me souvenir que ce n’est pas encore très pris. Oiseaux, chevaux, chiens, vous devriez pouvoir bricoler quelque chose de bien. Tout le monde aime les animaux. Ah, il n’y a pas beaucoup de descriptions naturalistes chez lui ? Tant mieux tant mieux, les illustrations n’en seront que plus fidèles. Après tout, ce sont elles qui constitueront le corps du texte. Allez, au travail ! Ça pourrait sortir pour les fêtes.
 
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Le 29/09/2011
Ne nous emballons pas !
Monsieur, J’ai bien reçu votre silence et je vous en remercie. Croyez en ma vive reconnaissance pour l’intérêt que vous avez bien voulu porter à cette petite affaire. Vous ne souhaitez ni m‘épouser, ni d’ailleurs me rencontrer. C’est tout à fait curieux, car pour ma part je n’ai nul souvenir d’avoir jamais exprimé l’une ou l’autre de ces requêtes. Cependant, si vous le permettez, je prendrai le temps d’une réflexion sage et calmement menée pour répondre à mon tour aux vôtres, que vous avez d’ailleurs eu la bonté de taire. Cher Monsieur, Il n’est jamais souhaitable de laisser aller son existence au rythme d’un cheval emballé - soit environ soixante kilomètres à l’heure - et, le moment venu, vous me bénirez de cette sagesse. Je vous ferai donc savoir, au plus tard demain en fin de matinée, l’heure d’arrivée de mon vol et le numéro du terminal. Soyez assez aimable, je vous prie, de ne pas vous en soucier, car il serait très regrettable de voir deux inconnus si promptement fâchés.
 
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Le 25/09/2011
Une copie déplumée
L’encre a tracé sur la page tendre comme la première neige de fines empreintes pareilles à celles d’un oiseau qui sautille en tous sens. Cette page, c’est celle que le correcteur a remplie de reproches en me retournant ma copie. Ils sont tous justes, mais certains m’ont fait bien du mal. Voilà ce qu’il écrit : avant tout, votre plan est défectueux car la charrue y tire les bœufs. Et puis, en page 53, vous passez sous silence le travail fondamental de Y, c’est vraiment du passé faire table rase. Plus haut, vous jetez votre bonnet par-dessus les moulins : les hypothèses exposées en introduction sont déjà paroles d’Évangile au bout de trois pages ! Non, non, non. Il faut entièrement défaire votre ouvrage, le remettre sur le métier et adopter enfin une rigueur d’horloger. Et puis, d’une manière générale, l’exposition de vos arguments est continuellement ponctuée de métaphores, dont certaines sont par trop approximatives. C’est très irritant pour le lecteur et vous tendez les verges pour vous faire battre. Je ne puis que vous encourager à abandonner ce tic déplorable. Ouvrez les yeux, épurez votre style, libérez-vous de cette chaîne.
 
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Le 19/09/2011
Distribution gratuite
Est-ce qu’ici aussi on nous assignera des rôles ? En tout cas ce serait très logique, très cohérent. Mais non, pas des rôles de garçons de café au sens sartrien ! Des rôles quoi ! Il y aurait le rôle du dessinateur qui ne dit jamais rien, le rôle de celui qui gémit tout le temps sur cette chienne de vie, de celle qui est toujours un peu coquine, de celui qui excelle dans les blagues de potache, de ceux qui sont extrêmement sérieux et qui nous instruisent au passage, etc... Je ne sais pas encore si la troupe comprendra ce rôle tellement classique - mais incontournable - du vieux monsieur ronchon. Il faudra attendre encore un peu, tâtonner, proposer, amener doucement l’idée que, peut-être, il pourrait, ici aussi, avoir sa place comme il l’a partout ailleurs. Tout bien considéré, c’est celui-là qui me conviendrait le mieux. Devenir de temps en temps ce que l’on ne sera jamais dans la vraie vie, quelle douce consolation, quelle merveille...  Merci d’avance !
 
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Le 31/08/2011
Chroniques du chroniqueur chronique
Vous pouvez bien chroniquer un peu de temps en temps, mais en toute discrétion, au risque de vous entendre dire : tu chroniques alors que mes chemises ne sont pas repassées ? Ou bien : tu chroniques avant d’avoir bricolé le robinet et dépanné la tondeuse ? Et encore : vous chroniquez en ayant sous le coude cinq rapports en retard, c’est sans doute très amusant mais n’oubliez pas que j’en tiendrai compte le moment venu. Ou alors : ça te rajeunit de passer comme ça sous leurs fourches caudines, comme au temps de l’école et des cols claudine ? Donc, surtout ne pas se faire repérer pendant que l’on chronique. Mais encore moins après, sinon : ah ah ! Je suis tombé dessus par hasard. C’est toi hein? Mouais. J’ai trouvé ça franchement faible, mais dans ton malheur tu as de la chance, au mois d’août la France a des choses bien plus passionnantes à faire que de te lire et ça t’évitera le ridicule. Voilà. Faute d’avoir chroniqué en costume de Fantômas, à la rentrée vous n’aurez plus qu’à reprendre le fer à repasser, le tournevis et les tableaux excel. Comme avant.
 
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Le 23/08/2011
Hubert, chien de cirque
Le mois dernier, j’ai revu mon cousin Hubert. Je lui trouvé l’air éteint. Comme nous nous aimons bien, il s’est un peu confié. — En janvier dernier, figure-toi, j’ai ouvert un blog, comme tout le monde. Ça distrait. Trop. Je me suis enflammé pour l’auteur du premier commentaire aimable, une jeune parisienne, à ce que j’ai compris. Et me voilà parti à lui composer des poèmes, à faire des cabrioles, à inventer des tours, à la suivre à la trace sur tous les chemins virtuels possibles. Ah ! Le succès que j’ai eu, c’est peu dire qu’il ne fut même pas d’estime. Alors j’ai fermé mon maudit blog. Pour en ouvrir un second, puis un troisième qui lui était spécialement dédié. Et plus j’implorais un regard, une minute d’attention, plus les coups de pied pleuvaient. Enfin j’exagère, mais elle ne venait plus jamais me lire. La nuit, je dormais sur le paillasson de son blog à elle, sans oser y entrer. Le jour, je mettais au point pour le mien de nouveaux numéros qui auraient pu enfin l’attirer et lui plaire. Niet. Les compliments, les petits mots pleins d’esprit étaient toujours pour les autres. Je dépérissais. Puis, bizarrement, mon visage changeait un peu, mes oreilles aussi, et je me suis mis à manger beaucoup de viande, moi qui avant la détestais. Quand plus personne n’a reconnu ma voix au téléphone, j’ai compris qu’il fallait vraiment faire quelque chose. J’ai voulu supprimer mon compte, mais on m’a répondu qu’il n’existait pas, qu’il n’avait jamais existé.
 
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Muriel Friboulet
Petit animal fouisseur possédant aussi quelques modestes compétences dans d'autres sphères (travaux ménagers divers, récitation de tête des œuvres d'Alphonse Karr ect...).
 
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