Rechercher 
 
theatre du rond point vents contraires
Revue en ligne du
Pierre-Antoine Durand

En savoir plus sur l'auteur
 
 Archives 
Le 09/12/2012
La bulle de l'euro (version 1.0)
Econotrucs #9
Une des façons simples de décrire la crise européenne est d’y voir l‘éclatement de la bulle de l’euro. Ce que je vais essayer de faire ici, en la comparant avec la bulle de l’Internet de la fin des années 90. On peut en effet voir l’euro comme une innovation, au même titre que l'Internet. Une « monnaie sans état », c’était un truc vraiment nouveau auquel on prêtait tout un tas de vertus. Bien sur elle comportait aussi tout un tas de défauts et de risques dont débattaient les économistes, mais il existait une utopie de la construction européenne, et la réalité économique a quelque peu été étouffée par une croyance un peu « magique ». C’est toujours le cas avec les bulles financières : elles sont le fruit d’une réelle innovation apportant du progrès (et des bénéfices), qui provoque un emballement de plus en plus généralisé. Il est chaque fois question d’un temps nouveau, d’une nouvelle économie, ou d’un nouveau paradigme. L’innovation attire des investissements, nourris par une expansion du crédit : jusqu’à ce que l’on comprenne que les anticipations des bienfaits apportées par l’innovation sont largement exagérées, et que la bulle explose.  Avec la « bulle de l’euro » les actifs financiers dont la valorisation était irrationnelle, étaient les dettes souveraines. Ainsi, avant 2010, le taux d’intérêt la dette grecque était pratiquement aussi bas que celui de la dette allemande : de même que pendant la bulle de l‘Internet, le prix des actions de certaines entreprises ne reflétait pas leur véritable potentiel (les bénéfices actuels et futurs), le marché des dettes souveraines ne reflétait plus l’état des finances  des pays, (le ratio d’endettement, la dynamique économique, etc.). Un peu comme pendant la bulle de l'Internet il suffisait d’avoir un « point com » accroché à son nom pour être valorisé comme Yahoo, il suffisait d’entrer dans la zone euro pour voir son taux d’intérêt se rapprocher de celui du modèle le plus vertueux, l’Allemagne. Dans les bulles, il y a souvent une haute autorité qui valide la croyance des marchés. Alan Greenspan (alors président de la FED, la Banque centrale américaine) avait produit le discours de la « nouvelle économie » pour « valider » le potentiel de croissance de l’internet, et booster la bourse. De même la Banque Centrale Européenne en décidant de traiter de la même manière le collatéral grec et allemand (c’est-à-dire les titres souverains qu’elle accepte comme garantie d’emprunt) a envoyé un  message aux marchés : La Grèce était aussi solide que l’Allemagne.  Tous les pays de la zone euro pouvaient se financer sur les marchés à très faible coût, et donc s’endetter pour pas un sou, ce qui ne pose pas trop de problèmes tant que les taux d’intérêt restent très bas, (ou que l’endettement sert à financer des reformes structurelles qui à l’avenir vous permettront de produire, d’exporter, et d’équilibrer votre balance des paiements).   Lorsque le doute s’installe sur l’avenir (de l‘entreprise ou du pays) on se retrouve dans un schéma de ce qu’on nomme une panique auto-réalisatrice. Les investisseurs craignent l’effondrement de leurs actifs (actions internet ou dettes souveraines)  et vont chercher à tout prix à éviter des pertes en cas de défaut (faillite de l’entreprise ou restructuration de la dette). Ils vont donc vendre leurs titres ou leurs obligations. Celle-ci vont s’effondrer (les taux d’intérêts exploser dans le second cas) et vont aggraver la crise et rendre plus probable le défaut ou la faillite redouté. Certes, ma présentation est un poil simpliste et la crise européenne a de nombreux autres aspects bien plus complexes. Mais cette vision doit nous rassurer un peu : l’Internet n’est pas mort à cause de la bulle. Nous devrions passer un jour à l’euro 2.0
 
 Archives 
Le 08/11/2012
 
 Archives 
Le 09/10/2012
Super Mario contre les spéculateurs
Econotrucs #7
Les banques de Wall Street sont des championnes du lobbying et ont influencé les décisions politiques ayant conduit à la déréglementation financières tous azimuts et aux crises récentes. Dans ce contexte, la nomination en 2011 de Mario Draghi à la tête de notre Banque Centrale Européenne (BCE) a posé question : Celui-ci a en effet été vice-président pour l'Europe de la banque d'affaires Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Et cette même banque a aidé la Grèce à truquer ses comptes publics au tout début des années 2000. Cela sentait bon le conflit d’intérêt, et certains en ont même déduit que Mario Draghi (qui entretemps fut cinq ans gouverneur de la Banque d'Italie) était resté aux ordres de Goldman et des puissances occultes de l'argent. ( C’est la thèse du documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » par exemple). Depuis un ans qu’il exerce son mandat, on constate au contraire que Draghi a pour l'instant très bien joué son rôle, réussissant habilement à intervenir pour stabiliser la zone euro, tout en restant en conformité avec le mandat très étriqué qui lui a été confié. Justement parce qu'il est issu de Goldman Sachs, Draghi connaît très bien les marchés, leur fonctionnement, leurs biais, leur psychologie, et les marchés, de leur côté, le respectent et en ont même peur : les opérateurs des marchés qui ont parié sur un éclatement de la zone euro sont carrément terrorisés par ce Super Mario. Car lorsque que vous pariez sur un événement qui ne se produit pas, vous pouvez perdre beaucoup d'argent. Les grandes banques n'ont pas intérêt à ce que la zone euro s'effondre, (elles seraient les premières touchées,) mais les Hedges Funds, alliés objectifs des eurosceptiques, et tous les représentants de la finance fantôme qui ont contribué aux crises financières récentes, ont depuis 2010 souvent largement parié sur la fin de l'euro. Lorsque Draghi intervient comme il l'a fait en septembre (annonçant des achats illimités de dette si un pays voyait ses taux s’envoler) cela fait beaucoup de mal aux spéculateurs. La question qui se pose, c'est de savoir combien de temps Draghi parviendra à tenir en respect les marchés, si pendant ce temps les gouvernants continuent - le nez sur les sondages - la valse des demi-mesures, demi-tours et autres hésitations ? Une monnaie commune c'est une volonté politique, et c'est cette volonté politique que testent en permanence les marchés. En attendant, on peut remercier Goldman Sachs d'avoir bien formé Mario Draghi.
 
 Archives 
Le 12/02/2012
 
 Archives 
Le 26/01/2012
Le rêve de Jean-Marie
Econotrucs 5
Le cerveau est un labyrinthe brumeux dont les chemins mènent parfois au passé  : Alors qu’un ami me demandait pourquoi on ne fabriquait pas plus de voitures électriques, je n’avais pas de réponse précise (au contraire de lui, puisque les industriels, disait-il, gagnent plus d’argent en polluant, et qu’ils sont prêts à tuer nos enfants pour le pognon,). J’allais me lancer dans un laïus sur les difficultés à imposer des produits de dernière génération sur les marchés émergents et autres arguments entendus quelque part et ces questions sur le développement durable m’ont rappelé un rêve : un de ceux qui peuvent changer le monde, comme celui de Martin Luther King, ou de Justin Bieber.
Fermez les yeux, (mais pas trop parce que vous pourrez plus lire) et souvenez-vous :   An 1999 après Jésus Christ : la Gauche plurielle est au pouvoir, Nicolas Sarkozy démissionne de la direction du RPR et arrête la politique, Dieudonné chante la tolérance avec Zebda, et la France met la misère à tout le monde au foot. Surtout, un truc génial fait la une des journaux, l’internet : nouveau et artisanal, avec ses connexions aux cris stridents, ses images qui se chargeaient en moins de deux minutes, et ses jeunes patrons de vingt ans qui portaient des baskets et levaient des millions avec un fichier Power-point.   A cette époque, un patron a très bien imaginé les technologies d’aujourd’hui. En relisant ses interviews d’alors, on se dit que c’est un visionnaire, un génie. Ce patron, ce n’est pas Steve Jobs, c’est Jean Marie Messier aka J2M, quarantenaire superstar du CAC 40, qui faisait à la fois la une des Echos et de Gala, démentait une liaison avec Sophie Marceau un jour, et déjeunait avec Bill Gates le lendemain. Autrement dit, un mec sacrément cool… Les métiers historiques de Vivendi (ceux de l’ex-Générale de Eaux) n’intéressaient pas Messier et il cherchaient à prospérer dans un autre secteur, grâce à une idée d‘avenir : dès 1999, Messier voulait déjà mettre l’internet sur votre téléphone, connecter votre télévision avec votre box internet, ou vous faire écouter de la musique sur votre téléphone.   C’est grâce à cette idée d‘avenir (en fait une vieille idée remise au goût du jour : la convergence numérique) que Messier a pu faire passer Vivendi pour le futur leader mondial de l'internet mobile, et opérer la fusion avec un des leaders de l’économie de l’Entertainment américain, échangeant un tas d’actions Vivendi dopées à la bulle de l’internet contre celles d’Universal (et ses catalogues bien solides dans la musique et le cinéma). Le plus beau est que l’action Vivendi profitait de la bulle de l’internet alors que Vivendi était un nain dans l’internet. Mais l’entreprise avait des parts dans la télévision, la téléphonie mobile, les jeux vidéos, et cela suffisait à voir l‘avenir en rose, avec un Messier qui serait adulé comme Steve Jobs.   Le détail gênant, c’est qu’en 1999 aucune technologie ne permettait encore d’accomplir le miracle quotidien que vous vivez aujourd’hui (partager en un clic des vidéos de chats qui jouent du piano ou regarder “Le Grand Bleu” sur votre téléphone portable) et l’on s’est aperçu rapidement que cela ne pourrait pas être opérationnel avant plusieurs années. Dès lors, Messier a donné véritablement l’impression qu’il nous enfumait avec ses histoires de V-box, et son rêve s’est évaporé telles des brumes d’alcool au petit matin d'un lendemain de fête. Quelques mois après la fusion Vivendi Universal, on le sait, la bulle de l’internet s‘effondrait, et Vivendi avec.   On peut hésiter sur la morale de cette fable bien réelle : soit Messier était un génie incompris par son époque, arrivé un peu trop tôt, soit Messier aurait mieux fait de se renseigner auprès de ses ingénieurs avant de raconter n’importe quoi… Sans doute s’est-il renseigné, d’ailleurs, auprès d’ingénieurs qui lui ont répondu à peu près «J2M c’est trop de la bombe ton idée, mais là c’est super chaud, rapport au timing, à la bande passante, tout ça…» (oui parce qu’à l‘époque chez Vivendi on était jeune et cool). Mais AOL venait de fusionner avec Time Warner et pour Messier, il fallait bouger vite, quitte à être obligé de mentir un peu, et à se montrer « créatif », d’un point de vue comptable.   Aujourd’hui, Veolia (les métiers de la Générale des eaux) d’une part, et Universal d’autre part, existent toujours, mais séparément. Et le rêve de Messier a été porté et accompli par d'autres : la preuve, vous pouvez « liker » mon article sur Facebook. J2M est lui redevenu le petit banquier d’affaire discret et coincé qu’il fut jadis.   Cette petite histoire nous rappelle les difficultés qu’il y a pour un industriel à prendre certains virages technologiques. S’il les prend trop vite il peut se retrouver dans le mur, s’il les prend trop lentement il peut se faire doubler par tout le monde. Messier n’était pas un industriel, mais un banquier, Ceci explique peut-être cela.
 
 Archives 
Le 16/12/2011
Agences de notation et andouillettes
Econotrucs #4
Il y a un an encore, j’aurais été obligé de vous expliquer ce qu’est une agence de notation. Aujourd’hui même les Guignols de Canal + les incarnent sous la forme de deux Sylvestre façon « world company ». Dans la caricature (avec parfois quelques erreurs), les Guignols expriment bien le ressenti de la population : un sentiment d’une absurde domination des gouvernements démocratiques par les marchés financiers et leurs acteurs. Le pire est sans doute atteint avec l’hystérie dans laquelle les agences de notation semblent plonger le pays. Il suffit de lire la presse : le monde est suspendu à leurs décisions. Il est vrai qu’elles font peur : leur expertise est douteuse, leurs erreurs multiples et célèbres, et les gouvernements leur font pourtant toujours la danse du ventre.   En 1997, la crise asiatique sonne le glas - très provisoire - d’une extraordinaire période d’expansion économique appelée « miracle asiatique » (souvenez vous des « tigres » et des «dragons » ) et basée sur des monceaux de dettes. A cette occasion on avait découvert que - malgré le précédent mexicain de 1995 - les agences de notation avaient donné des triples A à tout un tas de pays dont l’économie reposait sur de l’emprunt à court terme auprès de banques occidentales pour nourrir une bulle immobilière et de consommation. Le jour où les marchés se sont retournés et où les investisseurs occidentaux ont massivement retiré leurs liquidités, les failles de ce miracle asiatique sont apparues au grand jour et les agences ont dégradé tous ces pays, aggravant immédiatement leur situation. C’est un truc classique des agences : plutôt que de sonner l’alarme avant les autres - lorsque tout va bien - elles nourrissent les bulles, et se contentent de constater que leurs notes étaient bidons lorsque la situation se dégrade.   A partir de 2000, l’essor de la titrisation a permis aux agences de faire exploser leurs profits : chaque nouveau titre fabriqué par une institution financière nécessitant l'intervention d'un agence. Michel Aglietta en France, ou Franck Partnoy aux Etats-Unis, avaient largement montré dès cette époque les dangers de ce nouveau procédé où les agences de notation jouaient un rôle central : conflit d'intérêts, situation de monopole, et même fondements théoriques douteux. Pendant ce temps le comité de Bâle (forum qui réunit les banques centrales et qui s’occupe de supervision bancaire) avait pratiquement officialisé leur rôle comme régulateur financier : dans un système ou l’autorégulation était la règle les notes prenaient une importance capitale. Avec la crise des subprimes en 2007, on découvrait en effet que grâce à cette titrisation, des courtiers prêtaient de l’argent à des quasi SDF pour qu‘il puissent acheter des maisons : par un coup de calculette magique, les crédits consentis étaient en effet passés à la moulinette par les banques, et revendus en tranches de différents risques et différents rendement à différents clients à travers le monde. Personne ne savait vraiment ce qu’il achetait, mais rassurez vous les agences de notation avaient noté chaque produit en fonction de ses risques : avec brio, puisqu’il a suffi que le marché immobilier ralentisse fin 2006 pour que tout le système s’effondre en une année.   Cela aurait pu décrédibiliser définitivement les agences : on a au contraire l’impression qu’elles sont devenues un acteur central du système. Mais je vais vous faire une révélation  : Là où la dégradation d’une entreprise privée peut révéler des défauts cachés, la dégradation de la dette d’un état ne nous apprend rien, si ce n’est que trois types ont fait une réunion dans un bureau et tentent de mettre de l’huile sur le feu. En effet, la notation des titres financiers privés est une notation sollicitée où les institutions financières payent pour voir leur titres notés et donnent accès aux agences à des informations financières confidentielles. En théorie cela donne une certaine valeur à la notation (les agences disposent d’information dont ne dispose pas le public). En revanche la notation des dettes publiques repose sur des informations publiques, disponibles pour tous. L’agence n’a rien a nous apprendre sur la dette de la Grèce ou la santé financière de la France, qui dépendent de décisions politiques. La bonne attitude aurait du être depuis le début : pas besoin des agences de notation pour savoir que la dette de la France n’est pas soutenable, que la situation économique est très mauvaise… Le problème est qu’à force d’anticiper la panique, on risque réellement d’assister à la panique.   Quand j’entends parler de triple A, je pense aux andouillettes qui, elles, peuvent en avoir jusqu’à cinq. Et je me rappelle que nos gouvernants sont plus compétents en charcuterie qu’en économie, ceci explique peut-être cela.
 
 Archives 
Le 09/11/2011
L'enfer est pavé de bonnes intentions
Econotrucs #3
Si nos économies ont aujourd’hui le couteau sous la gorge et menacent de s’effondrer sous des monceaux de dettes, c’est parce que nous l’avons bien voulu : à l'heure où nous cherchons des solutions à la crise actuelle, il est bon de se rappeler que c’est presque toujours en tentant de résoudre la dernière crise que nous préparons les conditions de la prochaine. Cette finance « folle » que l’on dénonce aujourd’hui est le fruit de décisions politiques engagées par des gens rationnels qui pensaient œuvrer pour le bien public. C’est peut-être ça le plus effrayant.   A la fin des années soixante-dix, le modèle né au sortir de la seconde guerre mondiale était devenu inadapté : après deux chocs pétroliers, des crises monétaires à répétitions, les pays occidentaux connaissent des périodes d’hyper-inflation, une baisse de la croissance, une hausse du chômage : le système de Bretton Woods s’effondre. C’est la fin des trente glorieuses et des modèles d’inspiration keynesienne. Pour sortir de cette impasse, les administrations Reagan puis Thatcher décident de « libérer l’économie » autrement dit de la libéraliser : la finance va jouer un grand rôle. C’est la rémunération de l’épargne et des dépôts qui est libéralisée aux États-Unis. C’est le big bang financier de la place de Londres : les investisseurs étrangers se ruent sur la capitale anglaise, qui rattrape en quelques années sa rivale New-York. Les puissances pétrolières enrichies par les chocs pétroliers ont quantité de pétrodollars à placer, et les marchés financiers vont remplir ce rôle.   Ces choix ne sont pas seulement idéologiques : en France, les socialistes suivent rapidement le mouvement . Les entreprises qui peinaient à trouver des financements (même lorsqu’elles étaient privées, elles étaient très largement dépendantes des financements et des banques publiques) et les marchés financiers internationaux vont leur offrir de nouvelles capacités d’investissement, d’innovation et donc de croissance. Le Matif (marché à terme des instruments financiers) est, par exemple, créé à Paris en février 1986. La démographie amplifie le mouvement  : les futurs retraités confient leur épargne à des investisseurs de long terme, le capitalisme devient essentiellement actionnarial.   Dans les années 90, les produits dérivés se développent, de nouveaux marchés apparaissent, la finance s’internationalise. Les petites institutions financières privées se multiplient (Cf econotrucs #1). La sphère financière explose. Pour suivre ce mouvement et soutenir un système bancaire en difficulté, les États-Unis ont progressivement démantelé toutes les réglementations inventées au sortir de la crise de 1929, jusqu’à supprimer en 1999 le fameux Glass Steagall act qui séparait les différentes activités bancaires et qui n'était déjà plus que l'ombre de lui-même. C’est cette finance qui permettait - entre autres - aux États-Unis de retrouver une croissance grâce aux investissements dans ce qu’on appelait la « nouvelle économie ». L’explosion de la bulle de l’internet était rapidement rangée au rang de « crise de jeunesse », et de nouvelles formes de financement apparaissaient avec l’explosion de la titrisation, opération quasi magique qui permettait à la fois à David Bowie de toucher de l’argent sur de futurs droits d’auteur, et à de modestes familles américaines de devenir propriétaires de leur logement.   L’endettement des pays occidentaux grimpait, mais des épargnants chinois étaient prêts à acheter cette dette. La moitié du monde semblait vouloir investir dans l’autre moitié, et on se mettait à parler d’un “Bretton Woods 2” , un nouvel équilibre mondial.   Cette explosion financière aurait du faire l’objet d’une surveillance accrue des marchés et des institutions financières. C’est exactement le contraire qui s’est produit. La finance était une industrie innovante, et on pouvait raisonnablement affirmer qu’à vouloir trop corseter une innovation, on risquait de la tuer dans l’œuf.   En réalité rien n’était bien nouveau dans toutes ces innovations financières, et contrairement à ce qu’on bien voulu nous faire croire nos dirigeants politiques obligés de jouer aujourd’hui les pompiers avec l’argent public, la crise ne nous a pas pris "par surprise" . Si personne n’avait prévu exactement son déroulement, ses enchaînements, et son ampleur, les signaux d’alertes étaient innombrables, les risques que cette finance hypertrophiée faisait courir à nos économies étaient largement connus, et avaient été expliqués par de nombreux économistes. Et comme je sais que vous ne me croyez pas, je reviendrai bientôt là-dessus.
 
 Archives 
Le 26/10/2011
 
 Archives 
Le 17/10/2011
Occupons les îles Caïmans !
Econotrucs #1
Le mouvement  « occupons wall street » a choisi un lieu symbolique pour exprimer sa colère, mais les îles Caïmans ou les Bahamas auraient été des endroits tout aussi appropriés. En effet, on ne doit pas oublier deux caractéristiques du système financier actuel : d’une part il est  mondial, et d’autre part, il porte en lui une part d’ombre, incarnée par la « finance fantôme » .   Le premier point n’étonnera personne : la finance s’est mondialisée encore plus vite que les autres secteurs de l‘économie, et l’on a compris depuis le début de la crise (à l’été 2007) que le défaut d’un petit courtier immobilier américain pouvait entraîner la faillite d’une PME allemande, ou d’une municipalité norvégienne.   L’autre point important c’est qu’une très large partie des produits financiers échangés - en particulier les dérivés de crédits qui ont servi de déclencheur à  la crise actuelle - le sont de gré à gré, c’est-à-dire sans passer par les bourses et les chambres de compensation. Comme lorsque vous achetez une voiture d’occasion à un particulier :  vous avez toujours peur que le contrôle technique (la notation donné par l‘agence) soit bidon. Sauf qu’ici, la voiture, vous ne roulez pas avec, vous la revendez le lendemain.   L’intérêt d’une bourse, c’est qu’elle fixe des règles, permet de sécuriser les échanges, de réduire le risque de contrepartie. Surtout elle permet aux régulateurs d’avoir une vision du marché. La finance fantôme, elle, échappe à peu près à tout contrôle, elle est absente des écrans radars : elle ne fait jamais directement appel public à l’épargne, et est presque toujours localisée dans des paradis fiscaux, ce qu’il ne l’empêche d’avoir inventé des produits financiers toxiques dont l’usage s’est généralisé.   A l’inverse, les grandes banques commerciales auront beau jeu de rappeler qu’elles sont  transparentes et extrêmement régulées, et même que c’est en raison de cette régulation que tout un tas d’institutions financières plus petites peuvent prospérer dans l’ombre. En réalité, les hedge funds, fonds d’investissement spéciaux, et autres officines de l’ombre sont soit financées par les banques, soit carrément montées par elles. Quand ce n'est pas par les compagnies d’assurances : AIG, le plus gros assureur mondial, a fait faillite en 2008 (puis a été sauvé par le gouvernement américain) à cause d’un de ses petits bureaux londoniens. Quelques petits génies avaient transformé une filiale du groupe en hedge fund tout aussi risqué que les autres, mais qui bénéficiait de la signature du mastodonte de l’assurance.   Le système financier est bien une hydre à mille têtes, il n’est pas concentré dans quelques tours de Wall Street : hypertrophiée, la finance est en tout et partout. Mais contrairement aux apparences, lorsqu’elle ne se fait pas trop fantomatique, elle est utile.  Et comme je sais que vous ne me croyez pas, je reviendrai bientôt là-dessus.
 
Pierre-Antoine Durand
Auteur dramatique , compositeur, arrangeur, et tout un tas d'autres choses avec des "eur" à la fin, je traîne plus souvent dans les théâtres et les studios d'enregistrement que dans les conseils d'administration & autres banques d'affaires. Mais la vie m'a donné l'occasion de rencontrer un certain nombre d'économistes, d'échanger voire de travailler avec eux, de lire leur livres, leurs articles, y contribuer même parfois par mon travail et ma vision perpendiculaire de "non économiste".
Penser comme un économiste, c’est lire le monde à travers les notions d’opportunité, d’efficience, de coûts, de rareté et d’arbitrage, etc.  J’avoue :  je ne pense pas comme un économiste, mais j’ai été initié à leur langage. Cette chronique parlera donc d’économie, ou tout au moins, de deux ou trois choses que je sais d’elle…
 
Toutes les rubriques
 
 Accueil
 
 Auteurs maison
922 art.
 
 Vedettes etc.
570 art.
 
 Confs & Perfs
636 art.
 
 Archives
3633 art.
 
 Podcast
183 art.
 
 Presse
66 art.
 

 Contactez-nous 
 
Les podcastsdu Rond-Point
 
Ce site vous est proposé par le théâtre du Rond-Point